....TOUR DU MONDE 2008 / 2010 A la rencontre d'une page de notre histoire....

AJLJ.BRASIL 3

Nous migrons du parking à la rue Pontal et partageons nos journées avec Amane, Naïa, Peggy, Iuri et Fabio.

A Paraty, la vie se déroule comme à la maison, tourbillon d’enfants, de rires et de pleurs, de jeux et de culbutes.

De cascades en cascades, nous prenons le frais, nous prenons le bain. En cette période de carnaval, il y a restriction d’eau. les pousadas accueillants les touristes usent de leur pompes pour l’honneur et assèchent sans scrupule les locaux, … Que pena !

Cela n’enlève évidemment pas la bonne humeur de notre joyeuse troupe qui passe son temps à glisser d’un déguisement dans un autre pour être fin prêt au défilé des géants qui a lieu tous les soirs en ces jours de festivité.

Le Carnaval et le Football, voilà deux univers pour lesquels les brésiliens vendraient leur peau, la politique c’est nettement secondaire.

Dimanche, les géants se transforment en « hommes des boues ». Le fameux « Bloco da Lama ».

La coutume veut que la population ( hommes, chiens, chevaux) s’enduise de cette vase noire : généreux produit des mangroves qui s’offrent aux eaux salines de la plage de Jaguaraba. Et comme dirait la maman de Peggy : « il y en a qui paye des fortunes à Quiberon, et ailleurs, pour se faire enduire de la même. »

Le peuple vert coiffé d’algues déboule dans les rues pavées du vieux Paraty aux murs immaculés. Enfin ce fût, jusqu’il y a deux ans. Car, ces mêmes vacanciers  et nouveaux propriétaires qui n’ont pas un gramme de souche brésilienne, ont fait cessé cette folklorique tradition… Trop sale… Aussi le groupe réduit se cantonne sur la plage et y perd son âme.

Alors que les souris dansent, les parents s’« Internisent *» afin de résoudre le retour de Dapigu. Il semble qu’il aura une place sur le Grand France le 24 mars pour cinq semaines de mer avec un collègue allemand qui, lui, embarquera avec ses propriétaires, - nous les avons rencontrés à notre passage précédent, drôle…-. Nous voulions l’accompagner, mais c’est résolument trop cher, nous prendrons l’avion.

Et puis, Peggy nous initie à la cuisine brésilienne qu’elle a, elle-même, appris en jouant de ces ignames, bananes plantain o da terra, farine de manioc, haricots noirs,… qui font naître de délicieuses purées, les traditionnels feijaò, les pains de fromages,… Mais, aussi, le gâteau de carottes ou de pommes de terre douces, les jus vitaminés à l’avocat, délices et nourriture saine…

Nous terminons notre histoire par une soirée pizza en front de plage, sans enfant, épuisés, nous l’avons fait exprès !

Et le lendemain, nous reprenons la route… Après un pique nique et une après-midi aux cascades. Dur pour les enfants, dur pour nous également. Peggy, c’est une de ces amies dont on sait très vite que c’est pour la vie.

Nous vous attendons à Navailles, à très vite.

 

Désormais, nous sommes programmés, retour sur Aldea San Antonio, au campo d’Adrian. Nous ne donnons plus de nouvelles sur facebook car nous voudrions lui faire la surprise.

Sur la route, nous récupérerons ce que nous avons semé, des assiettes chez Bruno, des poupées chez Rémy et notre épluche légume à San Luis.

Première étape, Marésias.

Bruno nous accueille aussi chaleureusement que la dernière fois. La manœuvre pour entrer sur son terrain est un peu compliquée. Nous resterons dans l’allée dans un premier temps.

Seulement, la veille, il y a eu une attaque à main armée dans le quartier et certains de ces mondains  Saò Pauliens qui y louent leur maison secondaire se trouvent secoués. Aussi, très vite, des réflexions arrivent aux oreilles de Bruno : « qui sont-ils ? Combien de temps vont-ils restés ? » Quelques remuées verbales entre Bruno et ce voisinage, d’origine perturbateur, et l’affaire est réglée. Nous nous serions presque sentis de trop.

Très vite, nous résolvons notre problème électrique, ce fût simplement un relais mal enclenché.

 

Nous passons nos après-midi chez Eder, un ami de Bruno, propriétaire d’une dizaine de pousadas. Les enfants y profitent  de la piscine pour affirmer leurs progressions en natation. Quand nous, nous continuons nos investigations sur Internet.

Cette fois, c’est officiel, le camion embarquera le 24 mars de Buenos Aires pour Le Havre, via la compagnie Grimaldi.

Et, son équipage ( après moult revirements, merci Myriam, encore une fois), prendra l’avion le 14 avril de Buenos Aires, où nous aurons passé trois semaines chez Adrian & co, pour Paris où nous attendrons encore Dapigu une grosse semaine chez Gabriel et Christine.

Nous n’aimons plus trop quand les plans sont bien ficelés comme ça, en général ils tombent à l’eau…

 

Vendredi 19 février

Une date qui se note, ... liberté!

Aujourd'hui, Kaéna réclame son indépendance pour la nuit!!! Evidemment elle voudrait dormir dans son lit et ce n'est pas possible car depuis ses nombreux mois il est devenu placard. Mais, pas question d'entraver ses projets, nous lui tendons un hamac dans la longueur au dessus de Léïa et dansons de joie!!!!

 Samedi soir, Marc – notre pédiatre brésilien, sauveur de Kaéna- et Valèria nous invitent à manger avec Bruno, Fabien et Clara, leurs filles Gabriela et Juliana. L’ambiance est douce, gaie et démunie de manière comme il en existe parfois lorsque l’on reçoit des étrangers. Et, hormis avec Marc qui a étudié en France, nous conversons en portuguais sans tout comprendre, sans qu’on nous comprenne entièrement, peu importe.


Dimanche, Eder offre un anniversaire-piscine et pizzas au feu de bois à Léïa avec un jour d’avance car il s’en va demain à Saò Paulo voir sa fille de quatre qui y vit avec sa mère.

Et, c’est un beau cadeau, car il faut faire chauffer le four plusieurs heures – lorsqu’il fait trente-cinq degrés-, préparer la pâte, la laisser lever le temps d’aller faire une massothérapie à la cachoeira **. Il y en a partout au Brésil, c’est à peine croyable, il y a tellement d’eau qu’ils ne la payent même pas. Directement fournie par les rivières, exempte de chlore et autres poisons, l’eau fait peau neuve et serait presque potable ; elle l’est pour eux, mais nous sommes des organismes made in Europa, on ne peut pas jurer de la qualité, trop stérile, ha ! Bien que Chogan s’en soit fait de grande lampée à Paraty sans que rien n’y paraisse.

Ok, la pâte est prête, les estomacs crient famine. Les premières pizzas absolument divines sont mises  chaos en quelques minutes sur le premier round.

Le second se fera après avoir été saluer le coucher de soleil qui fait honneur, tous les soirs à la plage de Pauba, dans un costume de lumière différent (plutôt rare au Brésil, avec une côte tournée vers le levant). C’est presque un rituel, les gens viennent s’installer avec leur siège et leur appareil photo pour ces quelques minutes de grâce et applaudir à la fin du spectacle.

Eder l’immortalise tous les soirs, il possède une galerie de crépuscule dans son ordinateur.

La nouvelle fournée de pizza, encore meilleure se savoure et se termine par la pizza da banana ornée de six bougies. Muito famoso !!!

Obrigada Eder, un anniversaire que l’on n’oubliera pas.

Quiza um dià em França.

 

Lundi 22 février

 

Nous pensons ne rien oublier (Ha !Ha !)

À très vite Bruno, on se retrouve en France, à La Lette Blanche ou à Navailles, surtout que nous avons parlé du filon confiture…

Bye.

Après une quinzaine de kilomètres, on nous dépasse en fanfaronnade de klaxon : C’est Eder ! Bye.

 

Il y a bien longtemps que nous envoyons des mails à Guto, passerons, passerons pas. Cette fois c’est décidé nous passerons.

La route est longue, nous faisons une pause pour la nuit à Registro en station-service, la douche est un cadeau. Mais, la chaleur écrasante efface presque aussitôt ses bienfaits et l’incessant bruit des innombrables camions nous fera passer une nuit blanche.

 

Mardi 23 février

 

Luis, Augosto Merkle, de son vrai nom compliqué, est un personnage, un être, un ami,… singulier. Nous l’avons rencontré en Argentine, ami d’Adrian, il travaille pour la fédération internationale du kayak dans le cadre du développement.

 Il est aussi fin que son esprit et aussi discret que ses longs cheveux blonds attachés en cane à sucre dans son dos.

Toujours un pantalon porté en bermuda et un t-shirt. Un sac à dos et son vélo. Il parcourt l’Amérique du sud, sans éclat, seulement pour donner un coup de main.

Nous pensons : « Guto doit vivre dans un lieu particulier ! ». Nous imaginons une petite cahute dans une campagne éloignée de la tourmente des grandes villes.

Il habite à Curitiba. Nous ne démordons pas, nous contournons cette longue ville, la plus fraîche du Brésil ( ça déjà c’est un bon point), s’il habite vraiment ici, il doit avoir dégoté le seul endroit caché au cœur d’une végétation qui le rend invisible.

Nous ne trouvons pas, nous appelons. Il vient nous chercher, il a emprunté une voiture.

Il nous mène le long de la voie rapide, puis s’engage sur une piste qui a souffert les dernières pluies (Saò Paulo s’est encore fait lessivé cette nuit, cela est arrivé toutes les semaines depuis que nous sommes au Brésil). La végétation s’accroît avec les propriétés qui s’agrandissent, virée sur la droite pour s’arrêter face à un portail de bois manuel.

Une petite maison sur la gauche au milieu d’un jardin amoureusement entretenu, ...c’est la maison des employés. L’allée débouche sur une vieille demeure plus que centenaire, datant d’une colonie polonaise. Une autre en face lui tient conversation quand le hangar sur le côté offre asile à une vieille, vieille Toyota et la voiture empruntée. Le puit central alimente les deux maisons lors des coupures d’eau générales.

La première c’est la maison secondaire de Rachel, la maman de Guto. Ce dernier vit là, elle, en fait sa résidence principale sur ces jours qui se chargent un peu plus d’histoires à chaque levé de soleil. La deuxième c’est celle de sa sœur, Christiane, son mari Joaò et leurs fils, Joaò junior quinze ans et Lucas onze ans.

Eux sont très liés avec les guaranis, peuple natif du sud brésilien.

Ils nous entraînent dans les jardins potagers, puis fruitiers, des dizaines d’essences différentes aux fruits délicieux, aux noms compliqués. Le terrain file en pente passant devant deux chevaux qui rajoutent une touche de noblesse au domaine. Les quelques chiens et chiots animent la balade quand un ruisseau et une horde d’araucarias viennent border les limites du tableau.

Alors que nous étions sous le charme de cet extérieur d’une quiétude incroyable, Rachel nous préparait un barreado plat typique de la région côtière de l’état du Paranà pour le carnaval.  Elle me conte aussitôt l’origine : il y a bien longtemps (…) ils n’avaient alors que les moyens de se nourrir de leur pêche toute l’année. Aussi, pour le carnaval, les habitants se regroupaient pour acheter de la viande qu’ils mitonnaient durant huit heures dans un pot de terre cuite, hermétiquement fermé avec un mélange de farine de manioc et de cendre. La mixture obtenue s’accompagnait de riz, de bananes plantains, de danses et de cachaça.

Bref, un délice. Surtout que ce soir, il est accompagné de toutes sortes de plats et de gâteaux. Comment se peut-il qu’elle ait su que nous arrivions ?

Son secret, c’est qu’elle est une excellente cuisinière prévoyante et organisée. Elle récolte, elle fait, elle étiquette, elle stock, elle congèle. Elle a une source inépuisée de recette qu’elle note dans des cahiers numérotés et l’un d’eux sert uniquement de glossaire pour mieux s’y retrouver.

Elle a soixante-dix-sept ans, elle est extraordinaire, nous resterons deux jours. Je ne me lasserai, ni de l’écouter me conter l’histoire de son grand-père, de son père et du reste de la famille sur de nombreuses photos aussi vieille que le monde de la photographie, ni de la voir faire ses multiples gâteaux aussi délicieux les uns que les autres, afin de ravir les enfants.

Nous savions bien que Guto devait vivre dans un endroit particulier!

La maison est aussi vivante que le jardin, son histoire palpite au cœur des murs et transpire par les multiples tableaux de célèbres peintres brésiliens. C’est sans compter les milliers de livres qui reposent dans un bâtiment à l’extérieur modifié pour eux en bibliothèque.

 À la cuisine, les placards sont remplis de bocaux, boîtes métalliques et pochettes soigneusement étiquetés et datés. Une multitude de casseroles discutent les prochaines sauces sur le fourneau à bois. Et de l’autre côté du muret une lourde table s’offre, parée d’une nappe brodée, au service de nombreux convives, au moins treize que nous fussions ce premier soir.

Le grand salon est à la hauteur de l’antique roue de tracteur en bois, absolument intacte, qui sert de table basse. Deux canapés cinq places chacun laisse la porte ouverte…

Et au cœur de ce tumulte de sensation s’élève un escalier, en colimaçon et en fonte vert menant au domaine fingshui de Guto :

Un espace épuré dans la longueur du toit, la lucarne baigne un hamac, qui attend son maître au dessus d’une grande natte de joncs. Sur son bord, exactement au milieu, il y a une petite pile de vêtements pliés : Guto !

Faut-il en dire plus pour que l’on ressente à quel point nous nous sentons bien dans cet univers. Et bien, s’il en faut, les nuits sont fraîches, nous frissonnons, quel bonheur.

 

Il pleut, notre appareil photo semble vouloir faire une pause, il ne m’est plus possible d’immortaliser ces instants magiques, ni aucun autre. Quand un cliché sort c’est un coup de chance, et pas toujours car il est impossible de faire une mise au point…. Et bien, ça m’est égal.

Aujourd’hui, dans cette ambiance incroyable, la défaillance de la chose matérielle qui m’est la plus chère au monde est … secondaire.

Guto nous prépare un itinéraire jusqu’au campo afin que nous profitions des dernières beautés que le Brésil nous offrira et nous quittons cet univers jeudi midi, après quelques dernières histoires de Rachel. Elle voudrait que nous restions la semaine, mais c’est impossible et pourtant nous resterions bien…

Elle avait acheté des tas de choses pour nourrir les enfants. Aussi, elle remplit le camion.

Au revoir Rachel, impossible de t’oublier.

À plus Guto, on se retrouve vite, en juillet pour les championnats du monde junior à Foix.

 

La route qu’il nous a conseillée est très jolie, elle passe au cœur de la serra do mar. Le paysage montagneux et verdoyant est parfois ponctué de village charmant à la forte touche européenne: quand la végétation brésilienne se marie avec la rigueur allemande, le métissage est délicieux.

Bien sûr, l’homme a piétiné là aussi, et il tente de cacher ses méfaits sous ses plantations bien ordonnées de pins et d’eucalyptus, qui, ici, plus qu’ailleurs n’ont rien à faire.

 

Nous manquons de perdre Kaéna au cœur de cet espace qui aurait pu  nous devenir hostile… Non pas arrachée par les griffes d’une panthère mais, étouffée par une pièce de dix centavos, visiblement, de la taille de sa trachée.

Après une grosse panique, un passage en bleu, un coup d’Hemlish – bien que peu souvent efficace dans ce genre de situation- et un petit vomi, la pièce se laisse glisser dans les baffons, la gorge pique et Kaéna nous revient saine et sauve.

Merci ! Il n’y avait pas d’hôpital avant cent kilomètres.

 

Nous arrivons à Ibirama, Notre cher Guto nous y a prévu une pause pour la nuit. Au choix, dans une base de rafting ou dans une pousada avec piscine. Nous choisissons évidemment… la base !

Nous trouvons sans mal, les explications sont parfaites. Une voiture est sur le point de sortir quand nous pénétrons le site :

«  Salut, Guto m’a appelé, il m’a dit que vous alliez passer, installez-vous comme chez vous, nous nous avons une réunion de parents d’élèves, on ne sera pas de retour avant la nuit » nous dit-il arborant un t-shirt où ses deux filles trônent en photo.

Bien, Guto n’est pas le fils de sa mère pour rien. La base est superbe et nous sommes seuls. Au dessert, goyaves cueillies sur l’arbre et nuit fraîche, qu’est ce qu’on apprécie.

Il y a un courant froid installé depuis trois jours et nous le bénissons. En partant de chez Guto, nous avions froid, les pieds gelés, nous avions mis un pantalon, sur la route une borne électronique indiquait : 23°c !!! Oui, ça peut faire sourire ! En même temps, c’est la preuve que nous pourrons nous acclimater au réchauffement de la planète.

 

Au petit matin, il est neuf heures lorsque nous sommes prêts à gagner Florianopolis et remercier nos hôtes avec une bouteille de vin argentin. S’il paraît que les brésiliens ne les aiment pas, il est sûr qu’ils apprécient leurs vins.

Il est déjà parti, tant pis, nous la laissons aux employés.

Nous gagnons L’île Santa Catarina en milieu d’après-midi. Alors que nous entrons dans la rue Rio Traves, nous apercevons Anah et Rémy  qui la remonte: surprise !

Nous lançons un ragoût dans la nouvelle marmite en terre achetée en bord de route pour faire du barreado une fois à la maison.

Nous passons une bonne soirée, Rémy et Anah sont tranquilles, sans manières et prenant la vie du bon côté, c’est bien agréable et reposant.

 

Samedi 27 février

 

Un saut à la mer le matin, un peu d’école en rentrant un bon déjeuner et une après-midi calme le tout clôturer par un bon repas et … des enfants qui sentent la pleine lune avant l’heure. Cela aurait pu être une journée presque parfaite.

Ce n’est pas de leur faute, mais…ce sont des enfants.

Ils seront toutes fois loin d’être pire que le tout nouveau locataire de Rémy et Anah – ils louent un studio juxtaposé à leur maison - qui a choisi d’emménager de nuit, cette nuit ! Avec, maint allées et venues en voiture –qu’il gare à un mètre du camion-, ouverture et fermeture du portail, aboiement des chiens. Ça va que je suis sur l’ordinateur à mettre mes notes au propre. Espérons pour eux qu’il s’avèrera moins nocturne les huit prochains mois !

Chogan chute du lit, puis Kaéna du sien, la pluie se met à tomber elle aussi, le hublot prend l'eau nous dormons avec une bassine qu'il faut maintenir pour que les deux numéros récoltés ne lui impute pas un coup. Et nous sortons voir Léïa qui dort dans le hamac sur la terrasse couverte. Tout va bien, mais la nuit est terminée.

 

 

Dimanche 28 février

 

Rémy travaille aujourd’hui, aussi il nous briffe rapidement sur les jolis endroits dont regorge cette île. Car finalement, même si elle compte un habitant au mètre carré, les mètres carrés sont empilés au cœur de la ville Florianopolis et laisse la nature occuper de larges espaces, notamment au sud. Pourtant les innombrables magasins de construction note qu’elle ne sera pas maîtresse des lieux bien longtemps.

Quelques villages de pêcheurs vivent encore presque seulement de leur travail et offre des univers calmes et reposants, nous pourrions aisément passer la nuit par ici. Notamment à Saquinho. D’ici part une balade côtière fortement recommandé par Rémy, seulement, il pleut, alors… retranchement.

C’est notre dernière soirée avec Anah et Rémy, nous rentrons en milieu d’après-midi et pour pallier au mauvais temps : crêpes et télé, bon programme.

 

Lundi 29 février

 

Nous rassemblons nos affaires, Anah nous a chargé le disque dur de musique brésilienne. Nous les laissons dans leur petit nid douillet, les enfants doivent abandonner ce pauvre chaton à qui ils ont fait tout vivre durant ces trois jours et qui, bienheureux retrouve les bras de sa maîtresse.

Nous faisons le tour par le nord de l’île, le village de Barra da Lago est adorable, mais difficile de stationner avec notre encombrant Dapigu -  que nous n’échangerions pour rien au monde-

 Le reste de l’île est plus mondain même si quelques campagnes révèlent une vie paisible. En fin d’après-midi nous replongeons dans l’itinéraire de Guto. Il nous a prévu un peu de piste en montagne, dans les canyons de la serra Faixal. Aussi, pas question de l’attaquer à cette heure-ci, nous nous calons au fond du parking d’une station service dans une épaisse poussière rouge, dos à une haie de cane à sucre, bonne nuit.

 

Mardi 1°mars

 

Les campagnes sont agrémentées de petites maisons de bois coloré ou non à l’aspect fragile et tellement mignon.

Resurgissent également toutes sortes de bovins, à bosse, à longues oreilles, marron, noirs, ou blancs aux yeux surlignés de mascara naturel, à cornes démesurées, courtes, lisses, ondulées, …

Ils se baladent au grès des mousses sous les palmiers dans un bain de papillon, la vie semble douce…

Puis les canyons Aporados, nous les dominons à mille mètres d’altitude, la montée fut rude. Les bourraches gigantesques y règnent en maître, le pipi nature, c’est sur la piste, car il est impossible de s’infiltrer dans les bas-côtés.

Evidemment, le parque national est fermé, nous sommes hors saison, il n’ouvre que le week-end. Tant pis.

 

Nous poursuivons notre traversée du sud brésilien rural s’éloignant parfois de la route sur quelques pistes indigestes au cœur des rizières et au trafic encombré. C’est seulement pour éviter les quelques ponts mis sévèrement hors d’état par les dernières pluies. A cette période de l’année les routes brésiliennes ne sont qu’un interminable chantier.

 

Notre arrivée à Santa Maria que nous ne ferons que traverser nous laissera pourtant le souvenir de ce panneau publicitaire à l’entrée de la ville : Eduquer vos enfants si vous ne voulez pas que les trafiquants le fassent ! Intéressante propagande !

Nous dormons à Rosario do sul dans une station-service, où les camions s’entassent déjà au centimètre afin que toout le monde trouve une place. Il est dix-huit, et c’est l’heure ! pas question pour eux de risquer la marchandise en jouant les nocturnes. C’est quelque chose de très impressionnant au Brésil, nous n’avons pas souvent roulé de nuit, mais nous avons tout de même pu constater que lorsque le soleil fuit à l’horizon, les routes sont aussitôt désertées.

 

Mercredi 2 mars

 

De là à la frontière uruguayenne Quarai-Artigas, c’est deux cent trente kilomètres de vaste campagne rase où le cheval monté fièrement sur une peau de mouton par ces gauchos au cuir tanné est le moyen de locomotion le plus adapté.

Je ne pourrais rentrer dans les détails de la monture car les termes me sont inconnus, mais ils sont dignes et splendides.

Ils font traverser les troupeaux d’ovins, tenant l’infirme ou l’indiscipliné sur leurs genoux, c’est excellent.

 

Au cœur de ces monts et de ces vals, nous tombons sur Quarai, une petite ville frontière rongée par la paysannerie. La jovialité de ses habitants est fort agréable. Nous passons en Uruguay comme si de rien n’était. Margot et Sylvia de l’office du tourisme s’emballent. Peut-être ne voient-elles pas grand monde par ici. Toujours est-il qu’elles nous reçoivent dans leurs bureaux où l’électricité ne fonctionne plus avec enthousiasme. Elles nous décrivent l’Uruguay dans les moindres détails géographique, kilométrique et touristique. Elles nous offrent à boire –  il fait de nouveau très chaud- et des pierres semi-précieuses aux enfants, qui apparemment se trouvent ici comme l’herbe à vache.

Notre objectif ici, c’est de traverser le pays pour arriver au campo d’Adrian, en faisant une pause à Salto au parc aquatique aperçu sur les prospectus à notre premier passage.

Il nous faut un peu de liquide pour la route, nous dirons deux cents pesos. Et, au fait ? quel est le taux de change ? un pour vingt-cinq cinquante… Bien, nous avons donc, huit euros !!! ça devrait le faire !

Sur la route, nous sommes de nouveau enchantés pas les nandùs, tatous, lièvres, hérons, vaches, moufettes et chevaux qui nous passent les uns sur le côté, les autres devant.

Lorsque nous arrivons à Salto, cela fait cinq cents kilomètres que nous parcourons ce qui représente le temps ( la route) et l’espace (les vastes champs). Nous dormons à Dayman, derrière le site d’Acuamania. J’avais promis à Léïa, au début du voyage, que nous irions dans un grand parc aquatique au Canada. Elle, ne vivait que pour ça et moi j’étais dans l’impossibilité de tenir ma promesse. Sauvée ! Et pour six euros par personne, l’affaire est encore meilleure.

 

Jeudi 3 mars

 

BON ANNIVERSAIRE TATIE HÉLÈNE !

La journée fut parfaite… et chlorée, nous pensons passer la frontière Argentine ce soir, le timming est bon, le passage se fait sans encombre et nous arrivons même au campo après trois courses de survie, prêts à attendre Adrian. Comme les hirondelles au printemps, nous prenons le nid ! Il est 23 heures, accueillis par Edwige, une splendide chouette blanche qui nous régale de son vol le temps de faire les lits et plus personne ne sourcille.

Nous avons eu vite fait Seba sur Internet, Adrian ne se doute de rien, super ! Seba est le seul au courant de notre retour, nous l’avions mis dans la confidence pour le charger de me ramener la nouvelle carte bleue de son périple en France.

 

Pourtant au réveil nous constatons que la pelouse a été grossièrement tondue et que la tondeuse attend patiemment que de faire son sport avec de quoi l’abreuver de longues heures,… sait-il ?

Peu importe, nous verrons bien. Nous tondons et entamons le grand nettoyage des milliards de corps d’insectes qui jonchent la maisonnée. C’est un outil de travail et pas une maison secondaire. Les enfants reprennent leurs marques, leurs jeux, heureux de retrouver leur foyer.

En fin d’après-midi, nous allons au village, chercher La Carne ! Nous rêvons depuis deux mois d’une colita et d’un chorizo. Nous rangeons le tapis qui sert d’aire de jeux dehors et tombons nez à nez avec une tarentule ! Gloups. Que faire ? Elle taille bien trois fois nos tégénaires, bien noire, relevée d’un petit duvet roux. Premier réflexe, la machette. Non, nous ne pouvons pas, elle n’a rien demandé, nous ne savons même si elle est dangereuse.

Alors nous l’emportons au village avec nous et la relâchons sur la piste à une bonne distance de la maison. La pauvre est toute perturbée. Mais aucun remord, si elle n’est pas mortelle, sa morsure est très douloureuse. Pour sûr, elle ne serait pas d’elle-même venue s’attaquer aux morceaux de steak que sont les enfants, seulement s’ils lui avaient marché dessus… Bref, c’est fait.

Le soir, nouvelle épreuve, Didier se brûle à la graisse, la Biafine a disparu. Nous testons le remède reçu par mail de Melinda, il y a quelques semaines. Et qu’on se le dise, le blanc d’œuf battu, c’est du tonnerre !

Ouf, L’Asador est sauvé et peut continuer sa besogne ! Nous nous délectons.

 

Le mauvais côté du campo, c’est les mouches, le camion fut assailli dès les premières heures et visiblement, demain, nous serons tirés du sommeil par leurs horribles promenades matinales sur nos corps chauds.

 

Samedi

 

Si la maison n’est pas vraiment habitée par les humains, elle l’est par les grenouilles, les serpents, les chouettes, souris, coléoptères de toutes tailles, mantes religieuses et araignées par milliers.

Aussi, quant à 23 heures, une nouvelle tarentule se faufile à l’intérieur entre les jambes de Didier, elle prend un coup de machette, moche mais saturation.

 

Dur, nous pensions passer ici les trois semaines sans Dapigu. Impossible, je vais disjoncter. Ce n’est vivable uniquement car nous dormons dans le camion.

 

Adrian vient deux jours par semaine au campo, espérons que ce soit en début de semaine.

 

Lundi

 

Nous devons faire des courses, la première ville, Gualegaychù, est à cinquante kilomètres, bien qu’il soit possible de trouver presque tout sur le village. Cela nous prend presque la journée.

 

Mardi

 

Dapigu est notre objectif principal, il faut que nous l’ordonnions et fassions les sacs. Que prendre ? Que laisser ? Nous allons passer trois semaines en Argentine, au chaud, 19 heures dans l’avion et une semaine en France, au frais. Faire des valises, nous n’avons pas vraiment l’habitude : tout est dans le camion ! Et comment allons nous vivre sans notre huitième membre. Certes Adrian va nous accueillir ou bien nous prendrons une location, mais tout de même, quand il manque quelque chose, c’est dans le camion !!!

Un petit saut rapidement au village à Internet pour apprendre deux choses :

-              Adrian a découvert que nous étions au campo sur une fuite cybernétique. En même temps c’est une bonne chose, il n’avait pas prévu de venir cette semaine.

-              Le camion arrivera finalement à Anvers, une semaine plus tôt, le 17 avril. Nos billets d’avion sont déjà pris, nous arrivons le 15 à Paris, le timming reste bon. Tant pis pour la semaine à Paris et c’est aussi bien pour nous rendre en Autriche, nous aurons un peu plus de temps.

Les plans continuent de tomber à l’eau les uns après les autres. Comment certains arrivent-ils à planifier leur vie ?

 

Jeudi

 

Nous faisons une sortie à Conception del Uruguay, 120 kilomètres par la route, 70 par la piste. Nous élisons la piste passée au labour par les camions sous la pluie. La ville est très agréable, nous y flânons toute l’après-midi et trouvons à faire nos derniers achats souvenirs.

Au retour, je m’engage un peu court dans l’allée du campo, cela nous vaut un pneu latéralement déchiqueté sur la buse. Bien, nous n’avons plus de roue de secours, mais il ne nous reste plus qu’une semaine et demie en même temps.

 

Vendredi

 

Adrian, Seba et Nicolas – le nouvel entraîneur de l’équipe Argentine - doivent arriver aujourd’hui, autant dire que nous sommes dans une excitation palpable y mas !

Nous les recevons, nous préparons tout, l’asado est lancé et nous attendons, 20 heures, 21 heures, 22 heures, ils ne viendront pas, déception. 23 heures ! Des lumières s’engouffrent sur le chemin, c’est eux, ils sont là ! C’est au bord des larmes que nous jetons dans les bras les uns des autres. Les enfants sont intenables, que c’est bon. La nuit se termine à 5 heures.

Ils repartent en début d’après-midi, ils sont seulement venus pour nous accueillir. À demain, nous arriverons sur Buenos Aires.

Dimanche

 

C’est parti, ultime adieu au campo, … Encore !

Nous nous retrouvons quelque six heures plus tard dans la rue Urquiza et retrouvons la famille.

 

Lundi 15 mars

 

Il nous faut changer les pneus, faire la vidange et régler les démarches administratives et financières de l’embarquement du camion tout ceci en profitant de nos retrouvailles.

C’est encore en France que la famille se débrouille pour faire un transfert de banque à banque quant nous luttons pour sortir 1000 dollars à la carte de crédit. Impossible, ici d’obtenir plus de 1400 pesos soit 360 dollars par jour. Ce sera seulement mercredi que nous nous présenterons aux bureaux de Grimaldi. Nous les avons en contact mail depuis trois jours. Et lorsque nous arrivons, ils nous apprennent qu’en fait le bateau du 23 mars ne s’arrête pas à Buenos aires et que le camion partira le 4 avril. Bien, nous gardons le camion dix jours de plus c’est une bonne chose, mais du coup nous n’aurons plus le temps d’aller en Autriche. Il y a quatre ans que c’est prévu ! ???? 

 

Nous profitons de nous famille Rossi et Baylacq en parfaite communion, les nôtres ont installé leur quartier dans la chambre de Seba - car Lucas et Carolina ont école - 

Pour les pneus, nous attendrons l'Europe, les prix ont augmenté en six mois et sont désormais plus cher que chez nous. L'Argentine comme certainement le reste du monde a vu ses prix s'enflammer ces deux derniers mois. Nous faisons quand même la vidange qui elle ne nous revient toujours qu'à trente euros.

Le hic de l'histoire ce sera très rapidement les voisins dans la rue que Dapigu met en pression. Visiblement notre très cher compagnon est mal venu. Les xénophobes du quartier se relaient pour se plaindre de sa présence qui cache la vue des gardiens et ainsi laisse l'opportunité aux éventuels voyous de venir faire le grand nettoyage dans ces demeures 

 

 

 * s'éterniser sur Internet, ça peut?

 ** cascades

 

l'âme en paix, l'esprit libre, le coeur joyeux sur les routes du monde....en avant pour l'école de la vie...

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