....TOUR DU MONDE 2008 / 2010 A la rencontre d'une page de notre histoire....

A.J.L.J CARGO

Lundi 10 novembre

 

Réveillés par les enfants… Qui vont à l’école avec des : « Vite, vite, on est en retard ! », on s’y croirait presque.

Nous redescendons sur Pont l’Evêque faire le marché et rappeler le transitaire. À coup de 90 centimes le coup de téléphone, ce serait bien que nous embarquions rapidement. Mais, en fait, il faudra remettre ça encore demain. Le bateau entre en quai demain soir et partira mercredi matin. Mais comme la mer est houleuse, il se peut qu’il reprenne un peu de retard. Bien ! Ça va que les agents ont un contact téléphonique très agréable !

Pour Internet, 2 euros la demi-heure, c’est presque douloureux de mettre le site à jour…

Bref, nous passons une journée paisible avec un temps bien automnal, dans cette petite ville hors de prix mais tellement jolie !

 

 

Mardi 11 novembre

 

 

Nous dormons sur la place du 11 novembre. Cela veut évidemment tout dire ! Nous rangeons le camion au rythme de la marseillaise, les enfants, comme depuis cinq jours, squattent le camion de mamie et c’est bien pratique.

Nous avons prévu d’aller sur le Havre et de dormir au port ce soir. Je rappelle M. Carré vers 11h, mais il n’a pas encore d’information sur l’arrivée du cargo…. Il arrivera bien un jour !

Au revoir Pont l’Evêque. Détour par Honfleur, splendide mais à 4 euros le parking pour 5 heures, nous ne ferons que nous en mettre pleins les yeux.

 Le paysage est fabuleux, les grasses normandes rousses paissent tranquillement dans ces vastes champs tracés à la règle et mis à niveau par je ne sais quel tour de force de dame nature. Des petits canaux naturels saignent la Seine et, communautés de canard et cygnes s’offrent en spectacle dans ce vent glacial balayant la surface de l’eau et de grosses séries de nuages noirs par la même occasion.

Le Havre, le port sud surtout. Nous avons eu M. Carré, le bateau sera à quai à 20 h ce soir et nous pourrons embarquer. Super ! Nous trouvons rapidement le terminal de l’océan dont le nom laisse rêveur…

Il n’est que 14 h et nous sommes seuls dans cet espace désert, sous la pluie, face à de gigantesques monstres noirs digérant leur déjeuner métallique. A rester là, nous nous accrocherions presque à cette idée saugrenue qui flotte au vent : « n’est-ce pas une folie ? ».

Allons vivre un dernier moment tous ensemble au chaud devant un bon café. C’est le 11 novembre, difficile de trouver quelque chose d’ouvert. Mais il finit par faire bon savourer un chocolat chaud ou autre café et jus dans une brasserie des plus chics ! Très adaptée à notre budget et à notre configuration familiale !!!

17h 30, nous retournons au quai sud et au passage de l’écluse, nous tombons face au monument, a celui qui m’a tant fait rêver ces derniers mois. Lui, le géant des me rs (même s’il est plus petit que celui annoncé et cela ne se voit pas), colossal, splendide, puissant… L’excitation monte au créneau et c’est l’euphorie générale : cri de joie, photo à tout va, il ne fait plus froid, il ne pleut plus, l’Argentine, c’est…L’évidence !

Émilie si hostile jusque-là à son destin se trouve gorgée d’une délicieuse sensation. Elle décuple son énergie pour aider papa à caler tous les bateaux à l’intérieur. C’est une bonne chose ! sur les lieux de la séparation physique des deux moitiés de notre « Moi septuaire » son impatience s’accroît, elle est prête et Chogan aussi, c’est fantastique ! Nous faisons connaissance en chair et en os avec notre contact téléphonique et son amie. C’est une bonne chose de pouvoir humaniser cette histoire. Il est 19 h30, Nous mangeons notre dernier repas ensemble, je remplis le vide affectif avant qu’il ne paraisse.

L’histoire prend alors deux axes différents, ils se recouperont dans un peu plus d’un mois. Vive émotion qui tenterait de me submerger. Je ne sais ce qu’il en est pour Didier et les enfants. Je ressens vivement celle de maman, je pars, je brise les chaînes, des larmes filent s’évanouir sur mes joues. Je ne sais encore au moment où je l’écris ce qui les fait ainsi remonter. Aucune crainte, aucune angoisse, aucun doute en quoi que ce soit… Un vague à l’âme…

Bref, je passe les barrières, je suis sur la réserve (de carburant) depuis une dizaine de kilomètres. Mais, avec un litre à 0,40 € annoncé de l’autre côté, à quoi bon partir en surpoids !!!

J’erre  10 bonnes minutes dans ce dédale de containers tous identiques, alignés horizontalement, verticalement dans un ordre à faire frémir… comment créer le doute absolu en sa propre identité ?

Heureusement pour mon état psychologique et ma substantielle panne de carburant cela ne dure pas et nous y voilà : le cétacé de fer, mâchoires béantes, m’accueille dans ses entrailles. Nous y sommes ! Un homme, farfadet dans une autre vie, j’imagine, guide  Dapigu dans son dortoir. Et quel dortoir ! Ses voisins directs sont des collègues, bien mieux armées questions chaussures de rando, cela dit ! Autour, des centaines de voitures d’occasions destinées à l’Afrique et ses mains en or quand il s’agit de bidouiller la mécanique. En dessous, ce sont d’énormes moissonneuses batteuses rutilantes. Et, au-dessus, la Haute ! Mercedes et Chrysler flambant neuves, toisant les autres et destinées à une population qu’il se peut que je ne côtoie jamais… Sur le pont, les containers et une autre série de voitures d’occasion.

 

Heureusement pour moi, le « farfadet » est en plus très avenant et se propose de m’aider à monter jusqu’à la cabine. Avec plaisir, je suis chargée comme un âne marocain… Et, je pèse mes mots ! De plus, Chogan vacille, attaqué par la fatigue…

 

Comme j’ai bien fait. J’avais vaguement sous-pesé mon sac en le déplaçant dans le camion mais Antonino en le posant, 4 étage plus haut, en ayant pris l’ascenseur s’écrira : « I’m still alive !!! » Ce qu’il laisse imaginer que j’aurai sûrement péri au pied de la première porte

 ( trop étroite déjà !)

J’ai à peine le temps de remercier mon sauveur que le major vient nous chercher. Je ne comprends pas tout (évidemment il parle italien. J’avais bien appris cette langue à la fac, mais c’était une option…

Je le suis et nous nous retrouvons attendus par le capitaine (qui parle très bien français), M. Carré et sa compagne Fabienne, pour manger ! Je suis saturée de mon plâtrage si bien peaufiné à la céréale méditerranéenne. Mais, pas question de  refuser, je m’attable à la table du commandant (il semble que je sois la seule passagère à être accueillie ainsi, les autres -trois français retraités, deux retraités allemands plus âgés, un motard suisse et un autre retraité français- mangent à d’autres tables )

Je m’enfile, une assiette de gnocchis à l’aubergine, des tomates à la mozzarella, du paneton fait sur place. C’est délicieux et pourtant je ne sais comment cela arrive à ne pas déborder par mes orifices. Je vais éclater ! J’ai fait honneur. Le commandant semble avoir décidé de me prendre sous son aile, moi ou les enfants, peu importe. Il nous comble dès ces premiers instants de milles petites attentions. Nous retrouvons dans notre cabine des canettes de fanta et paquets de biscuits, des bouteilles d’eau … Et nos places de table sont à celle du commandant. Que nous vaut cet honneur, je n’en sais trop rien, mais certainement que les enfants ont une part de responsabilité !

 

Pour ce qui est de la cabine, elle est géniale. C’est drôle, plus tôt dans la journée, maman décrivait son sentiment comme celui précédant un accouchement programmé. Et bien, nous sommes dans la chambre de la maternité avec la télé en moins et un lit superposé en guise de berceau. Les lits sont larges, il y a une salle de bain, douche et toilettes, une commode, une armoire, une table de chevet,… l’hôtel avec vue sur la mer !  

Nous nous endormons comme des êtres remplis trop vite d’une nouvelle vie, n’ayant pas eu le temps de digérer, … Comme des plombs, quoi !

 

Mercredi 12 novembre 2008

 

J’avais mis le réveil à 7 h 30, ne voulant pas me lever après la bataille du petit-déjeuner. Je suis sortie de mon excellente nuit bien plus tôt ! Je réalise que je risque fort de dormir aussi bien durant les 20 - ou quelques unes de plus- nuits prochaines ! N’ayant plus ma protubérance au sein, je dors d’une traite, quel bonheur oublié !

Petit-déjeuner, le major Piedro se met en quatre pour faire plaisir aux enfants sans jamais faillir à son sourire.

Nous explorons ensuite la cour de récréation extérieure (le pont) : spacieuse mais dangereuse !

La salle de classe se trouve être la cabine et …le quai pour aujourd’hui. Visible depuis notre hublot, il sera le support de la séance mathématique : compter ces containers par ligne, par colonne, par couleur… un véritable filon !

 Ils attendent sagement que le fabuleux trans-container monter comme un étalon sur huit roues et remontant solennellement ses longues lignées, viennent les cueillir pour les acheminer sur leur nouveau taxi. Ils me fascinent. Tous les mêmes et pourtant ils ont dans leurs ventre un bout d’ailleurs qui s’en va je ne sais où, en France ou plus loin. Et ils n’en disent rien, muets comme de grosses boîtes de conserves qu’ils sont !

 

A midi, Christophe Carré nous rejoint, il m’offre d’appeler Maman ( qui lui a paru inquiète) et Didier avec son portable. Je suis très touchée de cette attention et, plus que donner des nouvelles, qui sont excellentes, je désire savoir comment s’est passée leur nuit sur la route ! Ils sont rentrés en parfait état et à 8h ce matin. 12 heures dans les pattes…

 

Le commandant aurait aimé nous donner La suite ( salon, chambre, lit deux places,…) toujours libre car hors de prix. Pas de chance, cette fois-ci, elle est prise par le couple d’allemand. Mais l’intention est vraiment attendrissante. Il fera monter un matelas au cours de la journée pour qu’Émilie puisse dormir en bas les jours de grande mer.

Les enfants sont heureux, les premiers liens se dessinent, nous vivons l’instant présent sans penser ni à demain ni à plus loin…

A 17 h 30, nous prenons le large, les portes de l’océan s’ouvrent devant nous face au soleil couchant, laissant à sa place une lune tout aussi ronde ! Christophe est revenu nous saluer avant le départ, j’apprécie sincèrement cette marque d’attention, une de plus.

A nous l’océan et sa majestuosité !

   

                                                                                            

Autant le bruit de chasse d’eau incessant que fait la V.M.C pourrait être la seule touche négative de ce navire. Autant, les craquements du navire qui s’y sont greffés depuis que nous avons quitté le port, apportent une touche d’authenticité à ce combat entre le colosse métallique et l’indomptable.

Il m’est impossible de dormir, je souhaite être témoin de chaque instant qu’il m’est donné de vivre sur ce bateau.

Sur la route, je rêve d’être camionneur, ici, je rêve d’être marin !

Je sais qu’il n’est pas bon d’emballer le cheval en début de course. Il ne tient jamais la distance… Mais tant pis, je prends le risque.

Le café italien et le digestif offert par le commandant ne sont certainement pas pour rien dans mon insomnie. Peu importe. Dehors, c’est le périphérique. Je ne compte pas le nombre de vaisseau que nous croisons ou doublons, ni tous ces pauvres petits riens qui jouent leur vie dans l’ignorance des plus puissants – ça ne change pas vraiment de ce qu’il se passe sur la terre ferme…-

Nous filons bon train sur ces eaux, pour l’instant, à peine effleurées par notre passage.

 

Jeudi 12 novembre

 

J’ai passé une bonne partie de la nuit au hublot de la cabine, emmitouflée dans mon sac de couchage (je ne l’aurai pas emmené pour rien). Je vais le regretter toute la journée, la fatigue supplante l’effet de mes bracelets anti-nauséeux et je lutte… Mon seul répit est d’être allongé, les yeux fermés. Les enfants sont tolérants, mais Chogan a ses limites ! Aller sur le pont pourrait être salvateur, mais le vent y est puissant et frigorifiant. Je ne suis absolument pas équipée (mon sac était déjà bien trop lourd…), je ne fais qu’empirer les choses et finis par devenir verte (aux dires de Danielle).

Bref, je gère mais, c’est sans compter que je commence sérieusement à regretter le sevrage expéditif de Kaéna…. Cela finira bien par passer…

Un petit oiseau affamé et exténué s’est réfugié sur le bateau pour se refaire une santé. C’est drôle de vivre une telle situation. Nous sommes sa « terre » promise.

Je conserve les attentions du commandant. Et je m’aperçois que je suis privilégiée même par rapport aux membres de l’équipage.

 Les repas sont plus que copieux, à titre d’exemple, celui de ce soir :

Soupe de pois cassé  et lentilles aux nouilles,

 Quart de poulet et pommes de terre cuites au four,

 Fromage,

Brioche au chocolat,

Glace noix de coco/chocolat

Chaque portion est l’équivalent d’un repas à elle toute seule. Et, pas un plat pour en détrôner un autre ! Incroyables ces italiens ! Pour y faire honneur, la table est dressée avec trois assiettes, trois fourchettes, trois couteaux, deux verres et tout ce qui rend la tenue des enfants légèrement déplacé… le commandant m’assure que ce n’est pas un problème, soit !

            

ils ont droit à leur canette de fanta tous les soirs

Quel bonheur aussi ces moments passés avec Chogan et Émilie. Ma voix ne sait plus ce qu’est de s’élever au-delà de 20 décibels. Nous jouons, nous lisons, nous dormons, nous câlinons et profitons. Chogan met son charme en action et fait mouche sur tout être humain passant à ses côtés. Nous vivons des perles de vie dont nous mesurerons chaque instant le privilège.

 

Vendredi 14 novembre 2008

 

Il fait enfin beau et chaud. Nous sommes aux abords du Maroc et ça fait du bien de sortir sur le pont sans perdre 15°c – il fait très chaud dans les cabines, surtout dans la nôtre ou le thermostat est cassé !!!-

Le commandant a autorisé Émilie a dessiné des marelles dans notre cour de récréation, elle est ravie !

Mon sein s’enflamme, j’espère que cela n’ira pas trop loin car je ne sais trop quoi faire ni pour l’instant, ni si cela s’aggrave.

Nous avons sympathisé avec Danielle, son mari Jacques et leur ami Michel. Tous les trois retraités depuis quelques années. Danielle est très gentille et toujours prête à jouer avec Emilie.

 

Ce soir nous avons planté le disque dur externe sur une fausse manipulation. Adieu les quatre-vingts dessins animé téléchargés. Il reste la « ferme en folie » de Sylvain !

 

 

Samedi 15 novembre

 

En fin de journée, nous sommes entre Essaouira et Agadir. Demain, nous aborderons les îles Canaries. Le sous-officier (à confirmer) est venu chercher les enfants pour leur montrer la salle des machines et ses lumières ( à la tombée de la nuit, c’est extraordinaire !)

La mer est calme, le risque de mauvais temps est derrière nous, le beau temps sera notre partenaire jusqu’au bout et ça c’est une bonne nouvelle. Meilleure que celle annoncée avant-hier, nous allons passer à Conakry et Freetown. Cela semble déranger les passagers autant que les membres de l’équipage. Le vol, l’intrusion de clandestins… Il va pourtant falloir faire avec.

 Le commandant me met en garde et me précise de fermer ma cabine à clé dans ces ports (elle est bien sûr toujours grande ouverte, dans cet espace réduit plus qu’ailleurs encore, j’ai besoin de me sentir libre, …). Chaque tiroir a sa clé, ainsi que les portes de l’armoire. Que voulez-vous que je fasse de toutes ces clés ? Si je les sors de leur habitacle, je ne suis bonne qu’à les perdre ! C’est dingue, car nous sommes quand même au huitième étage.

Personnellement, je ne suis pas inquiète. Le vol sur les véhicules est limité à ce qui se trouve à l’extérieur et en dehors des rétroviseurs et de l’auvent, il n’y a pas grand mal à faire sur Dapigu. La casse est rarement de mise aux dires de Joël qui en est à sa 11 ème traversée ( c’est quand même lui le moins rassuré, mais bon, il a du matériel sur le toit…)

En attendant, nous devrions être à Dakar mardi matin, peut-être pourrons-nous faire une sortie.

 

Hier soir, j’ai craint l’abcès au sein, magnétisme et extrait de pépins de pamplemousse l’ont peut-être mis en déroute. Finalement, cela va mieux, tant mieux ! Je me serai mal vu devoir expliquer ça à qui que ce soit.

Chogan et Émilie agrandissent chaque jour leur espace de jeux. Cabine, couloir, salon, salle à manger, cabine de Danielle. Le pont reste vaste et agréable, mais ils ne peuvent y aller tout seul au risque d’exécuter un saut définitif dans les sombres eaux. Ils le sentent certainement car c’est eux qui mettent cours à nos sorties. C’est dommage, il fait très bon désormais, le t-shirt et le short seront très vite de rigueur.

Nous avons perdu une heure cette nuit (Maroc).

 

Dimanche 16 novembre

 

Comme prévu, depuis 4 heures du matin, nous rasons les côtes des Canaries. C’est plutôt désertique.

 

Pour notre compagnon de route depuis deux jours la terre ferme vaut quand même mieux que la terre promise, il nous quitte de toutes les petites forces qu’il a pu récupérer. Des dauphins viennent nous saluer, mais je rate ces moments précieux en tentant de les immortaliser. Du coup, je n’aurai ni plaisir des yeux ni photos…  « le beurre et l’argent du beurre… »

Nous avons également pu voir notre premier poisson volant. Tout cela très tôt dans la matinée. Piedro vient me chercher. J’ai laissé les enfants dormir pour venir voir les îles. Chogan s’est réveillé. Il est arrivé dans les cuisines avec cette douce mélodie dont il est seul capable (avec Léïa) alertant le commandant, qui se l’est récupéré dans sa cabine en attendant maman !

Tout le monde est sur le pont car, c’est la seule et dernière fois que nous captons un réseau. Ils sont tous portables à la main (il y a 29 membres d’équipage et 10 passagers). Le commandant me propose son téléphone. Je crois que je préfère encore ne pas entendre ou plutôt ne pas avoir à répondre. Les mails ça suffit, échanges de nouvelles et de sentiments, mais, sans avoir à en répondre. C’est ce qui me convient le mieux.

 Tout va bien, c’est sûr, seulement la distance et le temps qui reste suffiraient à me désarçonner si par cas je faisais trop dans l’émotionnel.

Nos journées se déroulent plutôt bien : quelques sorties assez brèves sur le pont. Très vigilante, je ne peux suivre aucune conversation et les enfants ont tout le temps besoin de redescendre pour un jouet, un pipi, un caca, un ras-le bol…

Nous jouons, je progresse, Émilie aussi, en espagnol : « hablo espagnol con una persona que debuta y pienso esta màs facil que previste. Salvo los acentos que no son en el « clavier » ! » « ?Esta bueno ? »

Je suis redescendu au camion dans l’après-midi. Notamment récupérer le jeu de clés que j’avais laissé sur le tableau de bord. Ce n’était pas très prudent aux vues de ce qu’il s’annonce pour nos deux dernières escales en Afrique… Egalement des DVD pour pallier à notre erreur fatale ainsi que quelques autres jouets et livres.

Quand je remonte, le sous-officier m’attend à côté de la cabine (les enfants y sont restés avec Danielle). Il a trois DVD pour enfant en italien certes, mais c’est super sympa.

Voilà, je crois que les journées vont commencer à se ressembler, …

!hasta la vista !

 

 

Lundi 17 novembre

 

Nous avons vu un banc de dauphins, splendide. Un vol d’aigrettes blanches est venu trouver refuge sur les containers et même une mouche s’est égarée jusqu’à nous. Le moindre signe de vie attire notre attention. Nous prenons petit à petit l’âme de bagnard, coupé du monde sans pouvoir le rejoindre. Le sentiment n’est pas désagréable. C’est une chance que de pouvoir se recentrer sur l’essentiel.

Je prends quelques cours de photographie avec Peter, le motard suisse et photographe amateur supra-équipé.

Antonino nous porte un traitement contre la malaria et la mer toujours aussi calme nous laisse progresser vers Dakar.

 

 

 

Mardi 18 novembre

 

9 heures, nous jetons l’ancre au mouillage. Le cuisinier achète du poisson frais à la frêle embarcation qui s’est précipitée à notre arrivée. Ils sont beaux ces africains à la fois si sombres et si colorés. Peut-être auront nous la possibilité de descendre dans l’après-midi.

Finalement nous n’accosterons qu’à 3 heures du matin.

Nous sommes sabordés par une nuée d’insectes, tous aussi gros les uns que les autres et d’une multitude d’espèce différente.

 

Mercredi 19 novembre 2008

 

Hier soir, le commandant m’avait dit de monter à minuit pour voir l’entrée dans le port. A une heure nous n’avions toujours pas levé l’ancre, je suis partie me coucher. Cela n’empêche qu’à 7 heures je suis bien réveillée. Les seins me font vraiment vivre un enfer depuis une bonne semaine maintenant. Nuit et jour, c’est vraiment pénible. J’ai en plus un mal de dos affreux, je tente des étirements, mais c’est tout juste si j’arrive à me coucher au sol. Je laisse tomber et monte sur le pont en attendant que les enfants se réveillent.

Le port de Dakar au petit matin est une véritable fourmilière qui s’active dans un espace réduit et un bazar incroyable. Nous sommes à quai. Je passe deux heures à regarder cette vie africaine sans commune mesure avec nos vies européennes.

 

Là juste en dessous à flanc du cargo, un petit escalier s’enfonce dans les eaux noires du port où les poissons flottants n’ont rien de consommables. Un homme s’y avance et en fait sa baignoire ! Puis, pour ne pas gaspiller l’eau, il y fera aussi sa lessive. Même de l’écrire, ça sonne faux. Un autre, avec une balayette de fortune amasse les grains de riz échappés d’un de ces milliers de sacs déchargés au palan du bateau qui nous précède. Il les enveloppe dans un drap et le secoue pour enlever la poussière. Cette méthode à un nom, mais je ne m’en rappelle plus. Je redemanderai à Danielle, elle a vécu 23 ans en Afrique… Il passe ensuite…la journée à trier les grains par poignée.

 Un autre joue au rubicube avec les containers - beaucoup moins ordonnés que leurs collègues en France -. Sa machine, il la connaît par cœur, elle valse au millimètre près sans jamais s’arrêter ni heurter aucunes de ces masses rectangulaires. Encore que, … celui-ci maîtrise c’est sûr, mais ce ne doit pas être toujours le cas. Certaines ont les portes défoncées et dégueulent leurs entrailles faisant le bonheur de quelques traînards…

La vie, la vie, toujours cette vie animée, colorée. Rien à voir avec le port désertique et bien rangé du Havre, où je n’ai même pas vu un chat le soir de notre embarquement.

Les oiseaux sont tout aussi actifs et nombreux, Milans et sternes se partagent la voûte plombée du port. C’est une épaisse vague brumeuse et marronâtre qui nous écrase de sa moiteur dès les premières heures. Hier le thermomètre est monté à 36°c.

 

Nous pouvons descendre jusqu’à treize heure. Chouette, je vais pouvoir mettre le site à jour et envoyer quelques photos. Je me hâte de préparer les enfants à peine réveillés. Nous récupérons les passeports et nous nous enfilons dans la ville de Dakar. Nous sommes partis avec Peter, Bruni et Hary (le couple d’allemand). Je n’ai pas de montre et j’imagine que c’est peut-être mieux de ne pas me perdre toute seule. Les français sont partis plus tôt. Je ne connais pas bien encore ces compagnons d’aventure, du coup, c’est l’occasion. Nous passons un bon moment. Des allemands en vadrouille en Afrique, c’est avant tout, trouver un bar pour boire… une bière ! Mon ADN doit avoir quelques Thymines germaniques…

Après une petite heure d’errance, portés par les revendeurs sénégalais tout aussi tenaces que les marocains, et une pause Internet qui sera un échec ( la clé USB ne passe pas, je sais Marie, je n’ai pas fait ce que tu m’avais dit…) Nous faisons trois courses au supermarché. Des vivres pour le bateau !!

En sortant, il faut écouler notre monnaie ( nous avions changé 10 euros chacun). Hary trouve la solution : Une petite bière !

Cette sortie, pourtant expéditive nous a fait du bien. Même Chogan a marché d’un bon pas.

Maintenant, il rentre « à la maison », la cabine ! Il va souvent «  voir si le commandant est à sa maison ! » pauvre bonhomme ! Entre « plus de maison », « la maison c’est le camion », « la maison c’est la cabine »,   il risque d’être déterré au premier vent que la vie lui insufflera !

Bref,  21 h 30,  adieu Dakar, en route pour la guinée et sa Terrifiante ville de Conakry ! Un jeune membre d’équipage m’aborde et me fait par de son aversion pour ces pays d’Afrique. « Surtout ferme ta cabine à Conakry et Freetown ». J’ai pourtant du mal à imaginer que l’on puisse risquer quelque chose dans cette prison dorée où je me suis enfermée volontairement et où je me trouve si bien.

Il me raconte aussi que c’est sa première traversée, 2 fois 3 mois de bateau, et la dernière, du moins avec cette compagnie. Trop de travail pour un salaire trop petit. Et une compagnie bien trop grosse ( 65 bateaux comme le nôtre) pour se rendre compte que le rouage est fait d’êtres humains. Je veux bien le croire sur le port, c’est du Grimaldi sur tout ce qui bouge, les navettes (qui font des allers-retours en ville), les dizaines de camions, les hommes,…

Bref, ce pauvre matelot repart au labeur, certainement un peu libéré d’avoir vidé son sac.

Et l’océan nous accueille de nouveau dans ses draps de soie.

 

Jeudi 20 novembre

 

Encore une nuit bien longue à écouter les douleurs de ces pauvres abandonnés de Kaéna. Il faudrait bien une solution, pour eux, car Kaéna, aux dernières nouvelles, s’est très bien acclimatée de sa nouvelle vie. Le soir, elle se lit un petit ours brun, se remonte la couette jusqu’aux oreilles, c’est vrai qu’elle avait commencé à faire ça dans le camion. Puis, en suivant d’un cri de guerre, elle s’endort jusqu’au matin ; relevant tout de même des quarts pour ne pas perdre la face !

Bref, tant mieux, mais moi je vais sortir les armes, amoxicilline ou autre, il faut que cela cesse ! J’attends des consignes, j’ai sollicité Didier par mail pour qu’il demande conseil à notre généraliste.

 

 

Il semble que le commandant ait fait monter un sénégalais à bord, à l’insu de la compagnie. Sa silhouette noire fait des apparitions furtives dans les couloirs. Il doit avoir pour consigne de ne pas se montrer. Sa cabine est cependant près de la nôtre et comme il tousse comme un tuberculeux toute la nuit, il ne peut passer sous silence… En plus, la porte de la notre est toujours ouverte, ce qui l’oblige certainement à contourner par l’extérieur pour rentrer dans la sienne.

Cela soulève des interrogations et des indignations chez les passagers.

 L’approche de Conakry et Freetown n’arrange rien. Le commandant est pourtant un peu soulagé car le déchargement s’effectuera demain après-midi, au grand jour, et non cette nuit comme prévu. Pour ma part, j’ai un peu perdu de ma confiance lorsque je suis descendue au camion chercher mes antibiotiques et que Jacques m’a fait remarquer que Dapigu est juste devant le lot de voitures qui sera déchargé à Freetown. Ce qui signifie qu’il sera en contact direct avec de potentiels « soucis de voyage ». Nous verrons bien, …

Il fait très chaud, un orage éclate et rafraîchit l’air. Excepté celui de la salle à manger. La fuite d’Anvers, c’était au niveau de la climatisation de cette salle. La réparation n’aura tenue que trois jours. Les eaux montaient trop, ils ont coupé la climatisation. Jusqu’il y a trois jours,  c’était supportable. Maintenant nous mangeons en sueur !

 

Je m’entends bien avec tout le monde. Ils sont tous bien plus âgé que moi, sauf trois matelots un peu plus jeunes mais parlant exclusivement italien. De toute façon, ils ne sont pas là pour les mêmes raisons et ce sont déjà à elles seules, des barrières infranchissables. Emilie, elle, a trouvé en Laura et Antonino (les seconds officiers) de quoi combler son vide affectif.

Les philippins sont une bonne quinzaine, mais un peu mis au banc, d’eux-mêmes ou de sollicitation autre, je ne sais pas.

Danielle est quand même quelqu’un de très gentil avec qui la relation est simple et sans tabou. Elle était enseignante et les enfants ne s’y trompent pas. Une grande voyageuse de 65 ans au compteur pour un corps athlétique de 40, elle n’est pas du style à se laisser dépérir. Son mari, Jacques, a le sens pratique et ne laisse rien sans explication, ce qui m’est très utile avec ma tendance à survoler ce qui m’entoure sans y prêter attention. Michel est pragmatique et plutôt solitaire. Sa femme les rejoint par avion car elle ne voulait pas faire un mois de bateau. Il est sympa et serviable.

Joël Denis pourrait être ambassadeur, je le vouvoie, c’est bien rare, je tutoie même le commandant. C’est une encyclopédie, à ses côtés, je m’instruis !

Bruni est discrète, Hary est un bon vivant, la pipe à la bouche, le verre à la main. Une minute à ses côtés suffit pour partir dans un grand éclat de rire.

Peter voyage en moto, il va faire la trans-américaine jusqu’en Alaska. Je ris beaucoup avec lui, même si mon anglais laisse à désirer D’ailleurs, aujourd’hui, nous avons décidé de nous parler en espagnol, histoire de progresser. Nous nous sommes vite aperçus que nos conversations aller être encore plus limitées !

Nous avons la même philosophie du voyage et ça fait du bien de trouver ça en dehors de soi-même.

 

 

 

 

Vendredi 21 novembre

 

Nous avons dormi en mer, le quai n’était pas libre, le commandant a préféré ne pas rester au mouillage. Du coup, ce matin, nous sommes à 90 kilomètres ( Michel a installé son G.P.S). C'était ma dernière nuit de "vache laitière", tout est redevenu normal. Je vais enfin pouvoir profiter!!!

Le déchargement commence dans l’après-midi. Il nous est possible de descendre mais moyennant 50 $ par tête. Nous nous abstiendrons ! Excepté le commandant et le chef des  machines qui descendent faire la fête pour la soirée… Pour eux, c’est la compagnie qui paye…

Nous assistons à la vie portuaire de Conakry, tout aussi burlesque qu’à Dakar. Mais nous constatons que la vie y est plus pauvre, car il est bien plus propre ! Rien ne traîne, ils récupèrent le moindre papier, la moindre bouteille ou grain de riz.

 

Un cargo asiatique est devant nous…

 

Le combat de camions vieux comme Hérode, pour entrer dans le hall des douanes, vaut toutes les télés du monde.

  

Ils sont minimum cinq par camion :Trois pour tourner le volant dont un à l’extérieur côté chauffeur pour guider en même temps.Côté passager, un autre est en extérieur, accroché au camion hurlant à la fenêtre. Un, au sol, portant une lourde cale de bois qui intervient dès que le camion est bien garé. Un ou deux autres s’agitent à l’arrière de la longue remorque pour éviter les accrochages.

Car c’est un véritable ballet, une dizaine de ces camions se battent ainsi la meilleure place.

Mots d’ordre : Passer les premiers ! Dans un espace large comme un seul d’entre eux.

Chaque camion a son petit personnel. Pour l’emporter, il faut que l’équipe soit rapide, déterminée, organisée et virulente. Elles le sont toutes, c’est incroyable.

L’agitation, à l’extérieur, cesse aussitôt qu’ils sont tous garés.

 A l’intérieur, la fourmilière se met en branle. Il faut décharger, compter les sacs, noter, …Un malfrat tente de voler un sac, il sort aussi discrètement que possible avec son sac de 20 ou 30 kilos. Très vite repéré, la poursuite s’engage. Elle est évidemment de courte durée. L’homme

est empoigné mais continue de tenir son sac fermement. Il s’éventre et les enfants se précipitent pour récupérer le repas du soir. En trois minutes, la situation a disparu, le voyou a filé, les douaniers sont retournés à leur poste et il n’y a plus un seul grain de riz qui traîne, comme si rien ne s’était passé !

 

Pour ceux qui attendent leur tour, repos sous les remorques ! Des hamacs y sont installés, c’est là que le gardien du chargement passera la nuit, si le camion n’a pas eu le temps de passer aux douanes.

Aussitôt sortis, les remorques sont balayées et le précieux butin est mis à l’abri dans de vieilles toiles de jutes.

A la tombée de la nuit, c’est l’heure de la paye, des billets, des sacs de riz, passent de mains en mains…

  L'équipe des containers pour notre bateau est beaucoup plus organisée: meeting avant l'offensive!


Samedi 23 novembre

Nous devrions reprendre la mer entre 12 et 15 heures, il n’en sera rien évidemment.
Le feuilleton reprend. Le déchargement du notre est un transit de containners.

 Nous quittons le port à 18 h


Dimanche 24 novembre

Sierra Leone, Freetown. Je capte Internet depuis le bateau et moyennant 10 $ pour 24 heures, je peux me connecter, cool !
Nous pouvons même descendre, dans cette ville de toutes les angoisses ! Avec un laisser passer à 7 $ ( 5 euros), le commandant a négocié la gratuité pour les enfants.
Comme 9 vrais touristes que nous sommes, un taxi nous balade dans la ville jusqu’à la plage kitsch… Pas un mot ne sort de nos bouches, nous sommes sidérés par ce gigantesque taudis où les rares immeubles sont dans un état lamentable et protégés par des barbelés car ce sont des bâtiments administratifs ou officiels. Le reste n’est qu’amas de tôles et autres récupérations de fortune. Quelques maisons ont résisté à la guerre  mais la plupart sont criblées d’impacts et retapées.
Et ce peuple, digne, qui se relève sans sourciller, survivant et essayant de vivre…
La terre rouge foulée par leurs pieds, leurs vêtements colorés, l’éclat du soleil sur leur peau sombre, le sourire sur leurs visages marqués laissent entrevoir la lumière de l’espoir.
 Dur d’être témoin de ça en étant ce que nous sommes et ce que nous véhiculons…

Je ne sais pas si ce que l’on nous a laissé entendre sur la dangerosité des lieux est réel, mais nous n’en avons pas du tout le sentiment.
Bref, la plage –de la haute- en question ressemble… à rien que je ne connaisse en France !
C’est dimanche, il y a énormément de monde qui profite. Beaucoup sont à l’eau tout habillé ou jouent au foot sur la plage étroite, pique niquent ou farnientent. Nous nous installons à une terrasse de café pour goûter la bière locale, parfaite pour supporter cette lourde chaleur humide. Il y a bien un guichet automatique, mais il ne fonctionne qu’avec une carte spéciale. La mienne me fait presque honte.
Pendant ce temps, le cargo est déchargé de toutes les voitures européennes en fin de vie. Nous ne repartirons que demain.
A notre retour à 18h, je propose à un officier de lui prêter l’ordinateur, il le garde trois heures et lorsque je le récupère, je perds la connexion… j’arrive à me reconnecter à 1h 30, seulement une demi-heure…

Lundi 25 novembre

6 h 30, je voudrais arriver à mettre quelques photos sur le site. Seulement, mes tentatives seront vaines. Mon forfait expire à 11 h,  j’ai passé tout ce temps à me griller les nerfs sur l’ordinateur…. Je suis déçue.
Sur le pont, les voitures finissent d’être descendues au palan pour être remplacées par  des containers vides et soigneusement contrôlés. En parlant de ça, le sénégalais embarqué était seulement discret, je crois qu’il faisait parti du personnel, enfin, je n’en sais rien… En tous cas, il semble avoir débarqué. Peu importe !
 Toujours est-il qu’à 22 h 30, les moteurs se mettent en branle, nous quittons l’Afrique, le grand saut, c’est pour maintenant, en voilà un vrai départ ! En plus, Dapigu va parfaitement bien ! Ah ces préjugés ! Ce qu’ils nous laissent imaginer !
A bientôt peuple africain ! Je le trouve splendide. Sûre, je reviendrai.


Samedi 29 novembre

Nous avons passé une semaine en mer avec des hauts et des bas. C’est parfois long et pénible, Emilie a le « homesick » comme dit Peter et il n’est pas rare qu’elle finisse ses journées avec  des pleurs endormant ses misères. Mais, je ne peux pas grand chose pour elle. Je passe déjà 24 heures sur 24 avec eux à jouer, faire la maîtresse, raconter des histoires, jouer et encore jouer (je déteste ça !)  sans même pouvoir prendre l’air.
 Depuis que nous avons quitté Freetown, il y a beaucoup trop de vent sur le pont, ils y joueraient leur vie ! Quand j’y vais seule, Chogan au bout de cinq minutes braille dans les couloirs…
Lorsque Emilie me demande en sanglotant pourquoi est-ce que nous les emmenons faire le tour du monde sur le même ton qu’une vache demanderai à son chauffeur pourquoi il l’emmène à l’abattoir, je me pose la question pour la première fois : Est-ce vraiment utile ?
Mais bon. Cette fin de semaine, cela va mieux, je m’entends très bien avec Peter et Danielle, tous les deux sont très enthousiastes et de très bonne compagnie.
 Notre disque dur externe nous a pris en pitié et a accepté de fonctionner à nouveau. Walt Disney devient un ami précieux.
Hier, le commandant a organisé un barbecue sur le pont ( le vent est tombé) pour fêter le passage de l’équateur qui s’était fait deux jours plus tôt. Sympa.
Aujourd’hui, ils ont un peu détourné la trajectoire du bateau pour que nous puissions voir les baleines. Nous apprécions sincèrement l’attention, mais pour la première fois, il pleut des cordes toutes la journée, la visibilité est bouchée à 15 mètres. S’il y en avait, nous ne les avons pas vu. Le pont est rempli d’eau. Emilie et moi, pendant que Chogan dort sur le canapé du salon, pataugeons et terminons trempées comme des canards !!! Un fou de bassan vient nous signaler que les terres ne sont plus très loin ainsi qu’une tripotée de dauphins aperçue trop tard.
 Demain, nous serons à Rio de Janeiro. Lundi, nous pourrons peut-être aller nous promener et tenter de trouver quelque chose pour Piedro, qui se pli en quatre pour les enfants, à la demande du commandant et en gardant le sourire – il y a longtemps que je l’aurai perdu, moi !-
Bref, plus que 18 jours avant de nous retrouver ou encore 18 jours. En fait, nous avons à peine fait la moitié ! Soit, j’aurai mieux fait de m’abstenir de faire les comptes ! En tous cas plus qu’une semaine de bateau, nous devrions arrivés le 8 ou le 9. J’ai demandé l’autorisation de recharger les bateaux sur le toit avant de débarquer et cela m’a été accordé, c’est une bonne chose, si par cas nous arrivions de nuit je galèrerai moins.
Nous avons perdu deux autres heures sur la route… Introuvables ! Lol.

Dimanche 30 novembre

Nous avons un mail de Didier et Léïa, cela fait du bien. C’est une grande journée, les baleines viennent nous saluer, suivies de cortèges de dauphins, c’est splendide ! le soleil est au rendez-vous et à faire le guet sur le pont, je deviens rapidement écarlate.
 Comme prévu nous arrivons à Rio en fin d’après-midi, c’est très très très beau, dommage que la nuit tombe….

 

Lundi 1 décembre

 

Aujourd’hui nous allons pouvoir sortir ! Cela n’enchante pas Émilie qui rechigne à se lever. Toujours est-il qu’à 9 h 40 nous sommes hors de El Republica Brasil. Un bus d’ouvrier nous transporte jusqu’à la sortie du port, sueur, cahots, bruit assourdissant. De là nous prenons un taxi, deux taxis d’ailleurs, tout neuf, la climatisation, c’est mieux.

Nous croisons une voiture de police, le passager a une espèce de mitraillette sur les genoux, bien, s’en suit un véhicule militaire entièrement grillagé, c’est pour nous mettre dans l’ambiance ?

Danielle, Jacques et Michel prennent une autre direction. Nous ( Hary, Bruni, Peter et moi) nous avons besoin d’argent. Joël est également avec nous et heureusement. Il mène l’expédition comme un chef d’orchestre, il est à l’aise partout, je crois qu’il parle toutes les langues, il passe d’une discussion à une autre, en allemand, anglais, français, espagnol, portugais. Il était vraiment ambassadeur ! Du coup, il négocie les deux taxis pour la journée, 400 reals ( enfin nous n’avons que jusqu’à 14 heures !) et nous voilà partis. D’abord, une banque ( 1 € pour 2, 7 $R) puis direction el corcovado ( 13 $R) , veillant Rio et ses habitants de toute sa divine hauteur !

Pour les pains de sucre, nous n’avons pas assez de temps. Nous reviendrons.

Internet donc ! Je me dépêche de mettre le site à jour et de mettre quelques photos sur facebook, mais les enfants ne tiennent pas en place, il y a du monde et les autres se sont installés au bar en face, je ne prends pas le temps d’envoyer de mails, j’aurai bien aimé répondre à Jean et Bernadette, Cathy S, … peut-être à Santos demain….

Lorsque je rejoins le groupe, j’ai à peine le temps de commander quelque chose à manger pour les enfants, il faut rentrer. Tant pis, ils mangeront leurs frites dans le bateau.

Les cahots du bus endorment Chogan dans la seconde.

Je n’ai pas pris l’appareil photo, je regrette, c’était vraiment splendide, l’architecture, les paysages, la végétation, dingue ! Seulement, mon sac, l’ordinateur, Chogan, ses doudous, la bouteille d’eau, Emilie à la main, c’est déjà beaucoup trop pour ce genre d’expédition !

Encore que Peter me donne un coup de main pour garder un œil sur Émilie et c’est bien secourable.

En tout cas, pour ma part, je n’avais jamais encore vu de telles richesses naturelles, et ce n’est que le début !

Ce soir nous quittons le port avec trois heures de retard. Le pont-levis ne voulait plus se fermer, ce qui laisse le temps à Rio de se plonger dans la nuit et de lui tenir tête avec ses milliers de perles de lumière. Les enfants dorment, je peux en profiter pleinement, c’est divin.

Que de moments précieux et privilégiés nous vivons, je me le dis chaque instant. Encore tout à l’heure, dans ce bus miteux, au service de ces hommes bleus aux casques oranges, qui arpente les quais à longueur de journée. Nous avions le droit de partager quelques instants avec ce monde caché aux pieds de ces monstres des mers … Et je trouve ça fantastique.

 

Mardi 2 décembre

 

Sur le coup de midi, nous arrivons à Sentos. Son port, qui est le plus grand d’Amérique du sud, a en plus pour lui, une entrée d’un charme absolu. Nous sommes à table et aussi impoli que je puisse l’être je sors prendre des photos ! Hey, j’ai payé mon billet !

Nous le quitterons dans la nuit certainement…

Il pleut depuis que nous sommes arrivés, ça ne nous empêche pas ce soir de traîner un long moment sur le pont avec Danielle et Peter à se fendre la pêche sous une douche bien agréable. A 22 h 30, il fait encore 23°c et la pluie est chaude, c’est un réel bonheur.

Il semble que nous serons à Buenos Aires samedi matin, c’est chouette ! L’aventure, c’est pour dans peu de temps et pourtant impossible de me projeter. En même temps, cela peut s’expliquer, je n’ai rien programmé, je n’ai pas de cartes, pas d’argent liquide et pas d’essence, dans un pays inconnu, sur un week-end prolongé car lundi c’est férié, difficile d’envisager que ce soit différent.

 Mais tout cela ne m’inquiète pas vraiment, les choses vont s’imbriquer les unes après les autres comme chaque fois. Bruni a sorti un puzzle, et tout le monde passe de temps à autre mettre une pièce. Chaque fois que j’en mets une, c’est comme toutes celles de cette histoire. J’éprouve un réel plaisir à la voir, elle, unique et insignifiante s’assembler, avec tant de facilité, à celles autour qui n’ont rien ou presque en commun les unes avec les autres et qui pourtant forment un tout fantastique.

C’est sûr, ce tour du monde est une évidence ! A savoir combien de pièces ?                                                     ....SUITE....

Bonne nuit.

l'âme en paix, l'esprit libre, le coeur joyeux sur les routes du monde....en avant pour l'école de la vie...

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×