....TOUR DU MONDE 2008 / 2010 A la rencontre d'une page de notre histoire....

Au jour le jour 2

Il semble qu'il me faut changer de page!

-    « Ouara ! Ouara ! »
Je demande si nos tenues ne sont pas indélicates (les filles sont en petites robes et moi je m’étais enfilé une veste mais je suis tout de même en débardeur…)

-         « Ouara ! Ouara ! »

Enfin, ils finissent par nous enfiler des djellabas et nous partons à travers la montagne. Chogan a oublié son doudou, je retourne le chercher, Zaïna et Mohammed me suivent. Zaïna profite de ce retour imprévu pour m’affubler d’un foulard, ok !

-         Après un petit quart d’heure de marche, nous arrivons chez le frère-au nom-compliqué (F.A.N.C). Il pousse la porte de sa très grande maison. Derrière, sa femme, enceinte de leur troisième enfant, et leur petit garçon de trois ou quatre ans peut-être.

 Re-thé, petits biscuits marocains suivi d’un tajine…. Nous sortons du couscous !!!

Les femmes s’affairent autour de moi, elles finissent par me changer le foulard, nous ne comprenons pas tout. Mais apparemment, le mariage c’est ce soir, il commence à se faire tard. Nous ne nous sentons plus très à l’aise. Imaginer le camion seul avec la nuit tombante, nous fait monter l’inquiétude Ils tentent de nous garder pour la nuit, pour x raisons. Entre autres pour ramener Zaïna demain (bien qu’elle dise que non, elle prendra le taxi). Nous déclinons l’offre, nous voulions être à Agadir avant la nuit, il est 18h 30 et il reste 130 km (autant dire mission impossible) Mais, pas question de laisser le camion dormir tout seul là-bas, en bordure de route en plus…

Du coup, nous sommes emmenés à la fête, « juste pour voir », qui se déroule dans la maison d’à côté. C’est la belle sœur du F.A.N.C qui se marie. Les femmes me conduisent dans une pièce où sont assises toutes les autres femmes. En tenues de fête, toutes aussi colorées les unes que les autres, avec leurs enfants. À mon arrivée et surtout à la demande de la sœur de Zaïna ( nous n’avons jamais su son nom), deux d’entre-elles se mettent à  tambouriner. L’une sur des plats retournés avec des tiges de métal, l’autre sur un bidon de plastique qu’elle tient entre ses jambes. Une troisième monte  sur un tambour disposé au milieu de la pièce étroite et se met à danser en battant le rythme avec ses pieds. Évidemment, l’ambiance est de suite là. Les autres se mettent à danser et même Kaéna est subjuguée, Emilie et Léïa se sont fait des copines. Mais sûr, nous ne pouvons pas rester. De plus, la culture reste très différente. Didier n’a pas pu entrer et est à l’extérieur avec les hommes, beaucoup moins avenant. Je sens que nous ne sommes pas dans notre univers et  certains regards montrent que je ne suis pas la seule à le penser. J’ai beaucoup de mal malgré l’insistance de nos hôtes. Merci, Zaïna, merci tout le monde, mais nous partons. Tous ceux avec qui nous sommes arrivés nous accompagne à l’extérieur, Mohammed part chercher mon sac, ma veste et les lunettes de Didier laissés chez eux innocemment. Zaïna et le troisième frère nous raccompagne au camion. Je leur offre du paracétamol et des pansements à leur demande. Nous donnons quelques dirhams au gardien. Le camion est toujours là ! Ouf ! plus jamais nous ne le laisserons seul. Toute cette très longue journée, nous avons réalisé à quel point, il était tout ce que nous avions désormais !

Mohammed revient, c’est plus fort que moi, alors qu’il nous offre un pot de graisse de vache, je vide machinalement mon sac, je sais que j’y avais la carte bleu de Didier, les doubles de clés du camion, … Évidement tout y est. Je ne sais pas ce qui peut expliquer l’état peu serein dans lequel nous sommes, mais sûr, nous n’avons qu’une hâte c’est que de nous retrouver seuls dans notre camion. Nous leur offrons un pot de confiture, Mohammed m’offre la djellaba. Drôle de journée, difficile d’identifier nos sentiments et cela était pourtant magique, …. Peut-être l’immersion fut-elle trop radicale !

Il fait nuit, notre objectif pour Agadir est sérieusement compromis, mais il faut partir. Finalement, nous retournons dormir à Sidi kaouki ( une trentaine de kilomètres seulement).

 Nous n'avons pas de photos de cette journée, j'avais oublié l'appareil photo et je crois que c'était inconsciemment volontaire et adéquat!

 

Samedi 5 octobre

 

Bien. Aujourd’hui, Agadir donc ! Avant tout, il faut faire un peu de lessive, et surtout le doudou de Chogan qui est…. Indescriptible d’odeur et  de crasse. Seulement, il faut optimiser le temps.

« Didier lessive pendant que nous faisons la classe ? »

Ça ne le branche pas vraiment, du coup, ce sera papa le maître d’école ce matin.

Vers 12h, nous prenons la route, elle est très agréable, nous repérons une plage ( la fameuse plage de Targhazoute où les hordes de camping-cars se rassemblent l’hiver), nous reviendrons dormir là après avoir fait les courses.

Nous arrivons au supermarché. Sur le parking, deux ivoiriens nous abordent, ils sont très sympas. Nous échangeons quelques mots. Puis, sur une histoire de passeport qui est refusé… ils demandent à Didier s’il peut leur ramener une bouteille de scotch.

« Ok, pas de problème »

Avant même d’arriver aux portes d’entrée, nous nous faisons accoster deux fois par des marocains pour les mêmes raisons. Le magasin est gardé par de très nombreux vigils, la police tient l’entrée du rayon alcool, des militaires font des rondes… Et des dizaines de jeunes et moins jeunes attendent « le salut ! » de l’autre côté des caisses ! Tout de suite, c’est moins drôle de rendre service et l’histoire de nos ivoiriens semble beaucoup moins réaliste. Didier retourne leur rendre l’argent et s’excuse, pas de problème ! Cela n’empêchera pas que nous soyons sollicité des dizaines de fois dans les rayons….

Lorsque nous sortons, l’air nous paraît bien pur.

Retour sur Targhazoute. La plage s’est  désertifiée, il ne reste que deux voitures et un fourgon sur le point de partir. Nous sommes pas mal, en bord de plage (même si elle n’est pas très propre), face à la mer, les enfants se défoulent, la nuit tombe. Au ralenti, nous commençons à préparer le repas…

Un homme arrive et commence à nous expliquer que nous pouvons dormir là mais il n’y a pas de gardien car ce n’est pas la saison. C’est très dangereux. Les jeunes repèrent les véhicules le soir et reviennent pendant la nuit les dépouiller. La casse est souvent de mise, il vaut mieux partir car les chiens errants peuvent nous aider mais ce n’est pas sûr ! AH !

Bien, nous n’allons pas tenter le diable. Après avoir couché les enfants, Dapigu se remet au travail pour on ne sait trop combien de temps, mais direction Tafraoute…

Station-service ? Oui, c’est plus sage ! Nous attaquerons la montagne demain. Ces deux journées m’ont épuisé mentalement. J’ai vraiment du mal à m’endormir…

 

 

Dimanche 6 octobre

 

8h 20, nous déjeunerons sur la route, le site était bien pour dormir, mais nous trouverons certainement plus joli !

Nous n’avions jamais eu l’occasion de rouler à cette heure-ci, la vie se réveille à peine et tout tourne au ralenti, surtout que nous sommes dimanche ! C’est presque aussi facile de circuler que pendant le Ramadan.

Après Aït Baha, le spectacle offert par le paysage sera payant pour les cent prochains kilomètres : Route de montagne étroite culminant à 2300 m et aux accotements inexistants. Croiser quelqu’un reste un défi…

 


Tafraoute ? Nous y arrivons… À 12h50 !!!

 Superbe petite ville rouge encaissée au cœur de l’anti-Atlas. Un oasis, après ces kilomètres de montagnes désertiques où seuls les arganiers subsistent. iIs ont d’ailleurs du mérite : ils sont les plus grands témoins du manque d’eau qui sévit depuis trois ans : leurs écorces se sont transformées en carapace d’alligator et leurs feuilles ont pris la couleur du tronc… C’est douloureux d’en prendre conscience.

Ici, les rues sont rouges, les murs sont rouges, la rocaille est rouge et les boutiques sont magnifiquement débordantes d’objets touaregs et berbert de tout temps. C’est également la ville où sont fabriquées les babouches de marche splendides.  La route difficile est oubliée. Nous passons quelque temps à se balader dans cet univers fort agréable et c’est la pause Internet. C’est long, les ordinateurs plantent souvent, il faut être patient ! Les enfants ne le sont pas et Didier retourne au camion. J’entame une conversation avec l’homme assis à côté de moi. Il est instituteur du côté de Tanalt dans la montagne à 36 kilomètres… Super, je lui raconte notre histoire, notre projet. Il est très enthousiaste et nous propose de passer le voir. La vie à la montagne est dure, il sera content de passer un moment. Il habite loin d’ici et Tafraoute est son seul lien avec le monde extérieur. Je me hâte d’aller raconter ça à Didier. Cela modifie un peu nos plans car nous retournons sur nos pas. Mais c’est vraiment une bonne opportunité. Nous dormons au camping de Tafraoute, incroyable de propreté, c’est à noter ! 53 dh la nuit pour des douches, des sanitaires et un espace vidange caissette, la possibilité de recharger macky, c’est un bon service.

 

Lundi 7 octobre

 

Notre objectif, après une école un peu bâclée je l’avoue, est de trouver celle de Lahlen, entre Ameln et Tanalt à environ 36 kilomètres.

Voilà, trente six kilomètres au compteur et pas de secteur scolaire Tahmni. Cela aurait été trop facile. Après avoir tourné quelque peu et demandé plusieurs fois notre chemin (les itinéraires étant à chaque coup, différents et le kilométrage pouvant aller de 2 à 320 ), après avoir même essayé de la piste avec Didier en éclaireur (car vraiment tendu).

  

Nous finissons par nous arrêter dans un petit village. Dans la direction de Tanalt, nous y trouvons une école. Ce n’est pas le secteur scolaire de Tahmni.

            Nous sommes bien acueilli, le maître nous explique la route, en fait, nous sommes à Amln et l’école est à 36 kilomètres de là et non de Tafraoute !!!! Ok, j’avais encore bien compris. Nous sommes sur le point de repartir, mais sur la discussion, nous visitons l’école… Et puis, nous discutons de notre projet. Un deuxième enseignant arrive. Dans un premier temps, nous avons l’impression qu’il nous prend pour des « charlots » (ce qui peut se comprendre !). Seulement, même si pour une première approche, nous sommes un peu gauche, nous maîtrisons notre projet. Du coup, l’atmosphère prend un air tout à fait propice à l’échange et nous passons d’excellents moments – voir rubrique « écoles du monde »- En milieu d’après-midi, nous laissons Amln. L’idée de faire encore 40 kilomètres de route blanche dans la montagne (quand on joue déjà sa vie sur les routes jaunes) pour arriver à Tanalt et envisager le retour nous laisse perplexe. Nous prenons la décision de repartir sur Agadir….

Lorsque nous arrivons sur la ville à la tombée de la nuit avec son agitation perpétuelle, nous regrettons sincèrement. Mais, qu’est-ce qui nous a pris ? Pourquoi avons-nous était si hâtif dans le choix de nos options ? La fatigue, un demi-plein pour 130 km,… peut-être ?

Une histoire perdue… Nous sommes déçus par nous-même.

Maintenant, il fau t assumer, il fait nuit, nous douchons les enfants sur le parking du Mc do et comme ils ont été mignons … Et que nous n’avons aucune envie de faire à manger… Et bien, Mc  do !!! C’est moche, mais ça fait du bien et vous savez quoi, nous en apprécions l’immuabilité ! Je pense qu’il fera partie de ce qui nous remontera le moral dans les moments difficiles de ces deux prochaines années !

Nous partons dormir à Imssouane.

 

 

 

Mardi 8 octobre 2008


                

 

Réveil à Imssouane. C’est vraiment super ici, je ne l’ai pas du tout apprécié de la sorte l’hiver dernier. Nous nous sentons en vacances. École tout de même et dans le camion car durant notre expédition dans les terres, contrairement à ce que nous espérions, le vent n’a toujours pas décidé de faire de pause. S’en suit une session surf pour les filles ; Émilie trouve ça trop dur, Léïa n’apprécie que moyennement l’incompétence de sa planche à la maintenir sur les vagues et océane commence à se débrouiller malgré quelques déboires. Quant à papa, il se fait piquer par une vive, mais il est très courageux et ne pleure même pas. Il semble à ce sujet, que rester dans l‘eau est un meilleur anti-douleur que d’en sortir.

L’après-midi, Kaéna et Chogan font la sieste (pour la première fois sans que nous ayons besoin de rouler, espérons que ça dure !) avec Papa. Pendant ce temps, balade sur la plage et dans le village. Émilie, après avoir délaissée sa paire de « fausse crocs » dans la rue de chez Hugues (qui a eu vite fait de faire le bonheur d’un petit marocains), a semble-t-il perdu une chaussure de la vraie paire. Du coup, les promenades à pied sont beaucoup moins agréables pour elle. Et stressantes pour moi qui n’est de cesse de regarder où elle pose ses pieds de peur qu’elle se blesse.

Ce Maroc, niveau sanitaire, il lui reste pas mal de niveau à exploiter. Ce matin, un des chiots de la demi-douzaine qui vit autour de notre camion depuis notre arrivée se délectait d’une cochonnerie d’os qui ne paraissait être autre chose que le  crâne d’un congénère…. BEURK !

Bref, retour au camion, nous avons toujours de sérieux problèmes d’électricité. Et, nous ne savons si le plus grave est celui de la batterie ou du tableau. Le résultat est le même : le frigo marche en alternatif et la pompe également. Pour le soir, nous sortons les bougies et notre lampe miraculeuse. Quant à l’ordinateur je n’aurai bientôt plus de batterie et pas moyen de le recharger car nous avons décider de passer 10 jours ici par soucis d’économie.

D’ailleurs en parlant d’économie, nous mangeons largement nos cinq fruits et légumes par jour et pour 17 dh seulement. Mais, il nous tarde l’Espagne pour se faire un bon quart de jambon et un énorme saucisson ! Le lait nous fait flamber le budget avec ses 10 dh le litre et notre consommation qui a des difficultés à se réduire : un gouffre ces enfants.

Les enfants jouent dehors pendant que nous préparons le repas et baignons Kaéna. Soudain, cri d’alerte : sirène Léïa ! Vite, nous nous précipitons. «  je me suis assise dans le vomi ! »

-         «  Qui a vomi ? »

-         « Le chien ! »

AAAH ! Du vomi partout sur le tapis ! Et c’est celui qui s’est baffré l’horreur !!!

Laver le tapis à grande eau et au vinaigre blanc ( mon unique désinfectant), faire bouillir les vêtements de Léïa, laver tout le monde et leur passer du produit anti-infectieux avant que qui que ce soit ne se lèche un doigt…. L’enfer ! pire qu’un épisode de gastro.

Ils sont mignons ces petits chiens, mais là, tout de suite je les prends en grippe. Les deux petits ne sont pas encore vaccinés contre le typhus.

Le tapis est mis en quarantaine sur le toit du camion. Jusqu’à …. Nous verrons.

Tout ça a pris un certain temps et mis une certaine pression dans le camion. Pour calmer les nerfs nous faisons un petit thé à la menthe.

Ce soir, j’ai mis des herbes de Provence dans les pommes de terre. Je ne supporte plus cette odeur d’épices marocaines qui dans ces moments-là me fait vent de l’insalubrité qui règne en maître dans ce pays.

 Et le vent, lui aussi, nous renvoi par vague, l’odeur du village, un mélange de poissons, de vécus d’animaux – dromadaire, chèvres, moutons, poulets, chiens même combat - de poubelles,…  Ce soir, tout cela m’indispose.

En plus, comble de tout, Kaéna nous fait une éruption de boutons, depuis quelques jours déjà. Mais, aujourd’hui, je les trouve plus gros, plus nombreux et inidentifiables.

Non, là ça ne va pas et le camion est « déguelasse » en plus. Depuis le premier jour où nous avons pris la pluie, il est marron de la tête au pied. Nous n’avons pas encore osé le laver. Nous imaginons que pour un marocain voir un européen laver son gros camping-car alors que lui n’a pas l’eau courante peut avoir un côté désagréable, et c ‘est peu dire. Je crois cependant que pour le moral, nous allons devoir agir.

 

Mercredi 9 octobre

 

Réveil brutal, il y a une fuite quelque part…. Ah ! Cela vient du sac de couchage semi-étanche de Chogan et ça coule directement sur notre lit.

C’est la première fois que cela arrive depuis que nous sommes partis. Sans doute, le thé d’hier soir était de trop ! Il y a moindre mal, grâce au sac « insubmersible (merci tonton Mique et tatie Hélène) la mousse n’a pas été touchée, mais notre couette…

Aller, nous ne sommes pas à ça prêt. Le tapis trône sur le toit du camion, attendant une éventuelle désinfection. Maintenant la couette étendue sur les portes arrières. Maken mouchkil !

On expédie le déjeuner, aujourd’hui, c’est sortie pédagogique au port d’Imssouane avec papa. Comme ça, maman pourra nettoyer le camion. Aller oust ! Tout le monde dehors.

    

Avec ce satané vent, le sable s’immisce partout. Tous les jours, nous balayons une dune à fourmi, plutôt à mouches dans ce pays, derrière la table. Il y en a dans les placards, dans la nourriture et nous n’avons que notre petit balai, à moitié cassé d’ailleurs, la crise de nerf n’est pas loin.

J’arrive à redonner une apparence correcte au camion quand la classe revient.

 Papa part surfer. Nous nous sommes cantonnés au camion, le vent est encore plus fort l’après-midi, le sable cinglant lamine les filles et nous massacre les yeux.

 

 

     

 

 

Le soir, c’est un peu la lutte sans électricité, notamment pour l’eau (la pompe) et la lecture. Mais tout va bien. Ce soir, les boutons de Kaéna toujours présents en nombre, paraissent moins impressionnants.

Demain nous ferons la classe l’après-midi, pour profiter de la clémence du vent le matin.

 

Jeudi 10 octobre

 

Nous avons fait du bateau toute la nuit. D’habitude au cours de la nuit, le vent cesse. Et bien, là, non ! ça souffle, ça souffle, ça souffle !

Du coup, la classe se fera ce matin !

Didier tente toujours de résoudre le problème électrique : Les enfants ont déclipsé la vitre d’un des spots et ont cassé l’ampoule à l’intérieur. Nous espérons qu’il y a un lien…Non ce n’est toujours pas ça.

Des Lyonnais sont arrivés hier soir - mis à part Didier, pour son pain frais du matin (il y a des habitudes qui ne se perdront jamais) - nous n’avons pas encore mis le nez dehors.

Lydie et ses 2 enfants, Louisa 3 ans et Noé 1 an, rejoins bientôt par leur papa David font un brin de causette bien agréable autour d’un petit thé… En sachet. Le village n’a pas encore été livré ! Tout le monde dans le camion.

Le tapis est toujours en quarantaine et le vent, de toute façon, ne nous accorderait pas ce plaisir.

Un brin d’école, un petit repas, il est 15h. Nous allons chercher de l’argent à la ville la plus proche, Tamanar 30 km. Un tour pour rien, il n’y a pas de banque à Tamanar. Nous verrons…

Je pense, qu’il y a moyen que ce soit pénible : l’électricité, les cuves qui depuis le temps doivent être presque vides     (je n’ose pas aller voir), pas d’argent liquide, plus beaucoup d’essence et à peine de quoi faire trois bibis au chocolat ! et ça, c’est un drame ! Les enfants (Chogan surtout) ne font pas de quartier à ce niveau-là : c’est « bibi au chocolat ou je braille ».

 

Vendredi 11 octobre

 

Ce matin, Didier a trouvé du chocolat ( 100 grs ).

Après le déjeuner, je me lave les cheveux, sauf qu’en milieu de rinçage…Plus d’eau. Heureusement, en faisant tourner le moteur, ça fonctionne, normalement ! là non ! il y a un vrai souci : nous n’avons plus d’eau. Didier passera 5 heures devant son « tableau électrique ».

Tout débrancher et rebrancher causse par causse pour identifier l’origine du problème. Conclusion : Soit, ce sont les fiches dessoudées, soit ce sont les batteries qui sont mortes, soit les deux. Nous n’avons pas du tout avancé, et de toute façon, ici, nous ne pouvons rien faire.


                    Imssouane est un tout petit port de pêche, pensez donc y trouver une batterie ou un fer à souder ! immersion totale, nous y voilà : pas d’électricité, pas d’eau, pas d’argent…De vrais marocains !

En tout cas, je passe une bonne partie de la journée à lire…Et ça fait du bien ! Les enfants peuvent jouer dehors en toute liberté, il n’y a plus de vent. Nous faisons la classe en fin d’après-midi pendant que papa surfe et qu’il tombe 2 gouttes et demi ( pas une de plus). Nous faisons nos petites courses journalières, toujours très agréables. A l’économat des pêcheurs, nous trouvons tout ce que nous avons besoin et c’est à deux pas du camion. Les filles et Chogan sont comme chez elles dans ce village tellement charmant… les jours où le moral va bien. S’en suit un repas aux chandelles, c’est devenu presque normal. D’ailleurs ce soir, nous nous faisons la réflexion que nous avons déjà oublié que nous vivions dans une maison…Autrefois.

 Demain, nous irons chercher des sous à Essaouira (90 km au nord), faire une lessive et recharger en eau dans une station pour se sentir de nouveau un peu autonome.

 

 

Samedi 12 octobre

 

Vent ballotant et pluie diluvienne ont bercé nos heures de sommeil. Il a même plu dans le camion. C’est pour l’eau que nous n’avons plus dans les cuves ! La couette est de nouveau trempe - c’est le hublot au-dessus de notre lit qui fuit ! – en même temps, elle est rincée d’hier comme ça !

Nous avons décidé d’aller plutôt sur Agadir (90 km au sud). Nous préférons passer quelques jours sur Imssouane que Sidi Kaouki finalement.

Imssouane, cette année, nous en sommes tombés amoureux , quoiqu’il en soit des déconvenances que nous y vivons. La plage est superbe, il en existe une autre encaissée derrière le port : une descente de falaises aux roches usées par les vents absolument désertée.

 

 

Les petites baraques roses et blanches perdues dans la rocaille et faisant face à l’océan. Didier rajouterai : des vagues à tomber et des vives à gémir. Un petit paradis… en carte postale, sûr !

  

 

Bref, déjeuner vite fait. D’autant plus, que nous n’avons pas d’eau pour la vaisselle.

 A Agadir, plus de laverie automatique, elle a fermé. Tant pis pour le linge, quand nous aurons de l’eau je la ferai à la main et je demanderai un coup de pouce à la machine de Hugues dans 10 jours.

           Avant d’aller faire les courses, nous passons sur internet pour mettre à jour le site et envoyer deux, trois mails. La clé usb n’est pas reconnue, je ne peux pas mettre le site à jour, tout est dedans. Ah, je déteste ça. Bon, voyons les mails. Un mail de Catalina, ça c’est important, c’est le cargo. «  comme c’est donc prévu, vous trouverez ci-joint votre nouveau billet pour embarquer au havre le 10 novembre. » Ah, bien, nous devons donc en avoir un plus ancien, après vérification, c’est bien ça. Bon, cela va un peu modifier nos plans, mais ça ira. Il faut que nous soyons au Havre le 3 novembre. D’autant que les quelques mises au point de dernières minutes seront plus faciles à résoudre en faisant un saut à Navailles plutôt que sur le port de Bilbao. Notamment les soudures sur le circuit imprimé et le vaccin de Chogan contre le typhus.

     Ça ira bien, en plus nous pourrons faire un coucou à tout le monde et nettoyer à fond le camion, c’est chouette.

Nous rentrons à la maison ( à Imssouane, bien sûr) vers 17 h. Petite pause à  «  Banana city », comme ils l’appellent ici. En vrai, Tamri ( c’est une palmeraie où poussent également quelques baraquements qui en font une petite ville croulant sous les étales de bananes délicieuses et à un prix dérisoire). Objectif : trois kilos de bannanes, avec tout ça, nous avons oublié de manger aujourd’hui.

Olivier C. fait du stop, nous le prenons. Il a vite fait acheté des petits gâteaux pour les enfants pendant que nous achetons les bananes. Il a une société au Maroc :MAROC EXPLORER. Son 4x4 est en panne, son amie qui arrive avec des pièces, l’attendra sur Essaouira ce soir. Nous l’emmènenons jusqu’à Imssouane et nous partageons des kilomètres d’aventure. Olivier a vécu pas mal de chose et comme il se décrit lui même, il est passé de « gros capitaliste français » à « minimaliste vivant au Maroc », ce qui en fait un être débordant de vécu sain. Nous apprécions beaucoup l’allure et la philosophie de ce gars là, pour sûr, nos routes se recroiseront. D’ailleurs, lundi soir, nous serons tous à Sidi Kaouki, le rendez-vous est pris. Bonne route et à lundi.

Retour chez nous donc, nous avons acheté de la viande hachée pour nous faire des spaghettis bolognaise, c’est la fête, nous en rêvions.

Les enfants vont jouer à la plage, le camion est de nouveau un dépotoire, mais la perspective de le nettoyer à bloc une fois en France me ravie et je tolère plus facilement ces éternelles billes et peluches, amas de sables et de livres jonchant le sol dès que nous avons le dos tourné ( c’est à dire, chaque fois que nous sommes au volant).

Ceci étant fait, les bolo !

Je prépare les petits oignons, poivrons et tomates en salivant à l’avance. Je fais revenir la viande. Et, alors que je l’écrase dans la poêle, je constate qu’il y traîne au milieu des petits granulés verts. Je ne peux pas me résoudre à jeter ces 500 grammes de viande, je trie et fais cuire pendant 40 minutes en me certifiant que cela sera le temps nécessaire pour détruire ce qu’il y a à détruire.

Dans le doute, je n’en donne pas à Chogan et Kaéna, ils sont trop petits, si par cas il fallait que l’organisme lance une offensive.

 Les autres se délectent sans se soucier de quoi que ce soit. Moi, je mange, pour ne pas les laisser seuls à être malade et connaître les symptômes si par cas il doit y en avoir, mais l’envie n’y est plus et je crois que je ne suis pas loin de la nausée… inch’Allah ! Nous avons de nouveau de l’eau, j’ai acheté de la javel et même des gants « mapa ». Armés, solidement armés, nous pouvons nous coucher en paix, malgré un repas qui me reste sur l’estomac.

Bonne nuit !

 

Dimanche 13 octobre

 

Cette nuit, Chogan n’a cessé de gémir et de se gratter. Nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire connaissance avec l’armée nocturne des temps humides du Maroc. Nous réveillons Chogan, son petit corps ressemble à un champ de bataille, le pauvre. Je le tartine d’apaisyl, et la où sa peau subsiste sans boursouflure, d’anti –moustique. Je ne sais de laquelle je lui met le plus !

Au réveil, il fait beau, il n’y a pas de vent, une bonne journée s’apprête.

Nous faisons un peu de lessive, notamment notre drap qui ne ressemble plus à un drap et que je passe à la javel, pas de quartier, désormais il sera rose.

Kaéna est tombée de notre lit, face contre terre… sur le sol ! grosse  panique, elle est tétanisée par ce qu’il vient de lui arriver et n’ose plus bouger un seul organe, même pas les yeux ! Aucun dégats à deplorer, si ce n’est un front quelque peu mâché.

 

La journée se passe, tranquille et sereine, surf, école, farniente, achat de bonnets qui nous tentent les yeux depuis que nous habitons Imssouane.

 

Lundi 14 octobre

Dernier jour à Imssouane. Ecole, rangement du camion et nous laissons… un « chez  nous ».
Sur le départ, Hassan, Momo et d’autres villageois viennent nous dire au revoir. C’est drôle nous avons vraiment l’impression de quitter la maison une deuxième fois.
Après-midi à la medina d’Essaouira pour deux, trois derniers achats. Autant ce matin, nous étions au pays, autant là, je reprends en pleine figure que nous sommes des touristes. Et, je déteste ça ! Je me fais la promesse de ne devenir qu’une voyageuse avant la fin de notre périple et de m’y employer dès aujourd’hui, la tâche me semble difficile.
Du coup, je suis agacée, Léïa a envie de faire pipi, ça tombe très bien, je retourne au camion avec les plus petits. Didier, Océane et Émilie continuent les courses.                        ... SUITE

l'âme en paix, l'esprit libre, le coeur joyeux sur les routes du monde....en avant pour l'école de la vie...

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